Archives de Catégorie: Société

DOSSIER SPÉCIAL DIXIÈME ANNIVERSAIRE 2009-2018

  Dix ans en Amérique : États Unis 

 

Esfandyar Sadrieh, Nayla Osseiran, élèves au Lycée Rochambeau, Washington DC

 

 

Injustice raciale: Une épidémie américaine!

Rashon Nelson et Donte Robinson, deux Africains-américains, attendaient dans un Starbucks à Philadelphie quand ils se sont fait arrêter par la police sans raison valide (la police ayant été appelé par un salarié de l’enseigne). Ce n’est pas la première fois que ce type d’incidents se déroule aux États-Unis. En réaction, et face au tollé qu’il a provoqué, Starbucks a décidé de proposer une formation d’une journée à ses vendeurs (l’ensemble des Starbucks restant fermés), pour éviter la répétition d’événements de cette nature.

 

Racial injustice, an american epidemic!   Arrest of Rashon Nelson and Donte Robinson in a Philadelphia located  Starbucks

Rashon Nelson and Donte Robinson, who were friends since the 4th grade, were waiting patiently and unnoticeably at Starbucks in Philadelphia for a business meeting. After asking them if they needed help, a worker at the coffee shop called the police when they had not bought anything and they were soonly arrested.

The arrest of these two african american men in a Starbucks located in Philadelphia arose controversy in the United States about racial profiling that has been seen before. Soon after the incident, the company closed 8000 of its stores around the country to train the staff on avoiding racial bias. The white Democratic mayor, Jim Kenney, said what happened at the Starbucks “appears to exemplify what racial discrimination looks like in 2018”. The black police commissioner, Richard Ross, said in a Facebook post that the arresting officers “did absolutely nothing wrong” adding that Nelson and Robinson were disrespectful to the officers.

 

This event was not the first time an incident of this magnitude has occurred. Racial bias is one the biggest problems in the United States. Many businesses around the states have owned up to having had staff behave inappropriately towards african americans and other races. However, this episode is the first time it had happened in a company of this size in recent years.

The video of the two individuals surfaced around the internet and the event made national headlines. This was another reminder to the people about the discrimination that people of color go through on a daily basis. These kinds of acts occur in many different situations such as the murders of young black males such as Philando Castile by white police officers.

 

Rashon Nelson and Donte Robinson got into contact with different news outlets such as the Associated Press and they did their first interview since the marking experience. By consequence, this incident became a political scandal.

 

Robinson was worried about his loved ones and how the afternoon had taken such a drastic turn as he was put in jail. Nelson was worried if he would make it home alive, fear and anxiety were overtaking them as they just faced racial injustice.

 

This event sparked a change in Starbucks’ company, the hiring standards changed and they realized they needed to diversify the staff in order broaden their horizons and to have the different cultures of the new people influence the staff and influence the stores environments.

 

The two victims wanted to take advantage of this matter and use their voices to positively impact the community. The men ask aid the city of Philadelphia. To donate 200,000 dollars to a program for high school students seeking to become business entrepreneurs. The two also took part in the training that was provided by Starbucks when dealing with racial biases. Starbucks also offered to help Robinson and Nelson take courses to finish and obtain their Bachelor’s degree.

The city of Philadelphia has also called upon the individuals to take part in programs that promote equality and eliminate racial bias.

 

This incident is just one of many that affects the United States as a nation , 13,4%, of the population (statistics from the U.S. census) to feel unsafe around law authorities or even in public areas in general. Taking place in such major coffee shop chain, it caused Starbucks and the victims to try to make change. Multiple celebrities spoke up and gave their opinions and publicized this recurring issue of racial bias.

Dossier spécial dixième anniversaire 2009-2018

  Dix ans en Amérique : États-Unis 

 

Apollinaire GIRES, élève de Terminale, Washington D.C.

 

Et si la société américaine était toujours ségréguée ?

 

« I have been to the mountaintop ». Ces quelques mots sont issus du dernier discours de Martin Luther King Jr. à Memphis, la veille de son assassinat. Ce « sommet », que le pasteur américain disait avoir aperçu, représente la fin d’une sombre période de l’histoire des États-Unis: la ségrégation. Mais ce phénomène est-il vraiment révolu…?

Un afro-américain utilisant une fontaine assignée aux personnes de couleur durant la ségrégation.

(source: Wikipedia Commons)

 

En quoi consistait la ségrégation raciale aux États-Unis ?

 

En 1865, l’Union d’Abraham Lincoln ressort vainqueure de la Guerre de Sécession. Ainsi, l’esclavage est aboli dans l’ensemble du pays. Par ailleurs, pour garantir le bien-être des populations afro-américaines, A. Lincoln décide le déploiement de troupes dans les anciens états confédérés. Commence alors une période prometteuse pour les familles d’anciens esclaves. En effet, celles-ci acquièrent de nouveaux droits et un statut meilleur, ce que souligne l’élection du premier homme noir au Congrès en 1870.

Cependant, en 1877, l’armée se retire des états du Sud. Le siècle qui a suivi a été marqué par les lois de ségrégation surnommées « Lois Jim Crow ». Ces lois étaient supposément fondées sur le principe de « séparés mais égaux », ce qui signifierait que les blancs et les noirs doivent posséder les mêmes droits sans coexister. Néanmoins, dans les faits, les populations noires étaient fortement discriminées. Par exemple, en Alabama, une loi précisait qu’ « aucune personne ou société n’exigera de n’importe quelle infirmière féminine blanche de travailler dans les salles d’hôpitaux, publics ou privés, dans lesquels des Noirs sont placés. »

Bien heureusement, sous la pression des mouvements sociaux de lutte pour les droits civiques, la Cour Suprême américaine finit dans les années 1960 et 1970 par rendre toutes les lois favorisant la ségrégation inapplicables. Sur le papier, blancs et noirs retrouvaient donc enfin le même statut…

 

Pourquoi, en réalité, la société américaine est encore aujourd’hui ségréguée dans de nombreux domaines.

 

Le type de ségrégation moderne le plus facilement observable est la fragmentation spatiale. Prenons le cas de la capitale du pays: Washington, DC. Sa population est composée à plus de 47% d’afro-américains, un pourcentage plus important que celui d’habitants blancs. Pourtant, comme le révèle la carte de la répartition des populations dans la ville, ce sont eux qui résident dans les quartiers aisés du Nord-Ouest de la capitale. Les habitants noirs, quant à eux, sont repoussés vers les périphéries et les quartiers les moins aisés, notamment au Sud de la rivière Anacostia. De plus, la gentrification graduelle des quartiers excentrés de la ville ne fait qu’accentuer le repoussement des populations noires sous l’effet de la hausse des loyers… Il existe donc toujours aujourd’hui une ségrégation géographique aux États-Unis.

 

Carte(Source: Wikipédia): Répartition spatiale des différents groupes ethniques à Washington, DC.    

Les afro-américains occupent les    espaces en bleu, les  populations blanches les zones en  rouge.

 

 

De plus, les afro-américains et les blancs ne possèdent pas aux États-Unis les mêmes droits dans le domaine de la politique, et notamment sur le plan du droit de vote. Bien-sûr, la loi interdit aujourd’hui catégoriquement la discrimination des populations noires dans tous les secteurs. Cependant, on considère qu’aujourd’hui environ 4 millions de noirs américains en âge de voter ne peuvent pas le faire. Ceci est, entre autres, la conséquence de la « Guerre contre les drogues » entreprise par le gouvernement américain dans les années 1970. En effet, les trafics démantelés concernaient souvent les drogues les moins chères comme le cannabis et le crack qui touchaient plus particulièrement les populations moins aisées afro-américaines. De plus, toujours aujourd’hui, on estime qu’aux États-Unis un noir a treize fois plus de chances d’être arrêté par la police qu’un blanc (selon le Washington Post). Résultat: en 2018, 40% des prisonniers américains sont noirs, alors que les afro-américains de représentent que 13% de la population totale du pays. Or, dans beaucoup d’états américains, les détenus ne peuvent pas voter… Ainsi, en Alabama, au Tennesse ou en Virginie, environ 20% des afro-américains n’ont plus le droit de vote. Ceci peut avoir un fort impact sur les résultats des différentes élections.

 

Il existe, outre les domaines de la répartition spatiale et des droits juridiques, d’autres secteurs ségrégués. On peut citer par exemple la segmentation ethnique du marché du travail: il est plus difficile pour un afro-américain d’accéder à un poste de cadre que pour un travailleur blanc. Par ailleurs, les populations noires ne sont pas les seules victimes de ces formes de ségrégation modernes. En effet, les populations hispaniques et amérindiennes les vivent également.

Dossier spécial dixième anniversaire 2009-2018

  Dix ans en Amérique : États-Unis  

 

Oriane Badre, Annabelle Piot, Adèle Roulmann, Rita, élèves de Terminale, Washington D.C.

 

February 14th 2018, Washington DC : Students walk out for their safety

Photos prises lors de la manifestation du 14 février 2018 (Oriane Badre, Annabelle Piot et Adèle Roulmann figurent sur les images de gauche qui ont été diffusées sur les grandes chaînes)

Sources : ABC news et Jim Watson (photographe)

 

14 Février 2018. 6 minutes. 14 élèves et 3 encadrants morts par balle. 100 tirs en moins de 5 minutes : le school shooting de Parkland. Une fusillade au sein d’une école, une parmi plein d’autres aux Etats-Unis. La vie s’arrête. La rébellion commence.

Le 14 mars 2018, les élèves du Montgomery County, dans l’Etat du Maryland, engagés dans la lutte contre le port d’arme à feu, sortent de classes, dans les rues de la capitale politiques  pour manifester de la Maison Blanche jusqu’au Capitole. Nous, auteures de cet article, nous y sommes rendues, ainsi qu’une quarantaine d’autres élèves engagés du Lycée Rochambeau se sont joints à des milliers d’autres élèves  pour manifester à Washington DC au total pour des régulations du port d’armes à feu aux États Unis. Nous avons utilisé notre voix, la voix de la nouvelle génération opposée à la vente libre d’armes à feu. Nous avons dit STOP, nous avons dit ENOUGH (ASSEZ).

STOP au fait révoltant que les armes à feu soient davantage protégées que les élèves. STOP au lobbying de la National Riffle Association opposée à toutes formes de régulations du port d’armes à feu aux États Unis. STOP aux mentalités protectrices envers les armes à feu qui sont censées garder le pays en sécurité.

Dossier spécial dixième anniversaire 2009-2018

  Dix ans en Amérique : Mexique 

 

Daniel Kessler & Juan Pablo Rosado, élèves de Terminale, Mexico

 

La Ferme des Animaux Roses : la bataille contre l’inégalité au Mexique

 

À cause du harcèlement qui ne cesse d’augmenter, le gouvernement mexicain a mis en place des wagons exclusifs pour les femmes  dans le métro afin de réduire le harcèlement sexuel dans les transports publics.

 

La ferme des animaux d’Orwell montre une société dont le désir de se révolter finit par les condamner. Pour combattre une hausse de harcèlement sexuel dans le métro, le gouvernement a développé en 2004 les “wagons roses” : des wagons exclusifs pour femmes, enfants, personnes âgées et handicapés, dans le métro de la capitale. Ainsi, une multitude de wagons roses furent installés dans 6 différentes lignes du réseau métro mexicain. Cette brusque réponse a été un acte de désespoir pour se révolter contre le harcèlement qui exerce un “régime totalitaire” dans le métro. Le pays est, suivant la métaphore d’Orwell, une ferme oppressée par le règne de son fermier : le harcèlement. Dans cette représentation caricaturiste de la réalité l’auteur nous avertissait que certaines transformations sociales entraînent des conditions encore plus mauvaises qu’auparavant. Dans notre ferme, les wagons roses symbolisent une révolution, l’effort du peuple pour se libérer. La Révolution arrive : c’est la chasse du fermier, la séparation hommes-femmes. Par conséquent, les wagons roses sont une politique de désespoir qui tente d’éliminer la violence sexuelle dans le métro. Or, comme dans le roman, les cochons peuvent profiter de la situation et s’emparer de la ferme ; les wagons roses peuvent ne pas être entièrement efficaces et le harcèlement et la violence menacent de subsister.

                           Projet d’un vagon rose (vagón rosa) dans la ville de Mexico – photo CC BY

 

COMMENT EST-CE QUE LE MACHISME EST ARRIVÉ AU MÉTRO ?

Le machisme n’est pas une nouveauté dans le monde. Historiquement les hommes ont toujours traité les femmes injustement. Le machisme est encore une maladie internationale . D’après la Banque Mondiale, 70% des femmes dans le monde ont déjà été victimes d’un acte de violence. Au Mexique,  le pays est aujourd’hui en 4ème place pour le risque de violence sexuelle contre les femmes, d’après une étude du Huffington Post. Notre société trouve ses racines du machisme lors de l’évangélisation au XVIème siècle. La  religion catholique imposait la prédominance masculine. En exemple, une citation de Saint Paul « Femmes, soyez soumises à vos maris, comme au Seigneur, parce que le mari est le chef de la femme ». Pour Aída Cerna, membre du Réseau des Réappropriations du Mexique, le machisme s’intègre dans la société Mexicaine dès l’éducation primaire. « L’inégalité entre hommes et femmes est implémentée dès l’éducation primaire. Les stéréotypes d’hommes et femmes sont définis très tôt. De plus, la socialisation Mexicaine montre que les femmes peuvent être harcelées sans conséquence. », selon l’activiste. Le machisme est une réalité quotidienne,   » où la violence contre les femmes est quelque chose de normal », ajoute-t-elle. Au lieu de combattre le machisme et le harcèlement, nous nous sommes habitués à la violence. Le harcèlement est donc devenu de plus en plus public : 9 sur 10 femmes utilisant le transport en commun ont déjà vécu du harcèlement sexuel dans la capitale du Mexique. Dans une ville de presque 9 millions d’habitants,  les 4.4 millions d’usagers par jour du métro s’entassent dans les wagons dont la capacité supposée ne dépasse pas le million. Ceci facilite davantage la violence sexuelle. Le machisme est donc une dictature dans la société mexicaine que le gouvernement a longtemps ignorée et négligée. Aujourd’hui, la ferme est asservie, elle est enchaînée dans la prison d’un régime machiste. Le désir de révolution est partagé par les milliers de femmes souffrant du harcèlement.

 

LA SÉPARATION EST- ELLE UNE SOLUTION EFFICACE ?

L´après veille de la révolution entraîne des conséquences diverses. Quelques unes montrant les bienfaits de l’installation des wagons roses, les autres mettant en évidence les origines du problème. D’une part, les wagons roses ont  diminué considérablement le risque de harcèlement homme-femme. Il y a eu une réduction de 26% des agressions sexuelles dans le métro grâce aux wagons roses. Aída Cerna nous explique qu’en outre « quand une femme rentre dans un wagon rose elle se sent beaucoup plus sûre. Psychologiquement c’est très positif pour la morale des femmes ». Il est donc évident que les wagons roses produisent des résultats positifs que le peuple, notamment les femmes, approuve. Logiquement, si les hommes et les femmes sont séparés, les hommes auront moins de possibilités d’agresser sexuellement les femmes. Mais les animaux ne peuvent pas ignorer que des menaces persistent. Le harcèlement existe toujours.  Cette séparation n’est pas une solution viable à long terme. Les wagons roses ne peuvent pas réaliser un changement structurel de culture, de croyances et de mentalité qui sont si profondément intégrés dans notre société. Les wagons roses n’éduquent pas mais mettent seulement en évidence des fortes inégalités présentes dans notre société.

La séparation a légèrement réduit la violence mais elle n’a pas changé le comportement des hommes ni celui des femmes. Il faudrait donc changer la mentalité de la société, en commençant par l’éducation et la redéfinition des valeurs. Pour Aída Cerna « la séparation dans les transports en commun n’est pas une solution permanente. Quand le comportement des hommes change on retournera à la vie d’une société normale. ». L’espoir existe donc, le Mexique est un pays qui est entrain de se moderniser. Les inégalités dans le travail et la politique se réduisent. Par exemple : en 2003 les femmes ne représentaient que 20% du sénat et de la chambre de députés respectivement. Aujourd’hui les femmes représentent presque 50% du congrès. Il y a du progrès quant à la réduction des écarts d’inégalité et ainsi que celle de la discrimination contre les femmes. L’objectif à atteindre est d’apprendre à l’homme et à la femme comment vivre ensemble dans la société Mexicaine.

Dossier spécial dixième anniversaire 2009-2018

  Dix ans en Amérique : Mexique  

 

Noura Alvarado et Aitana Gudiño, élèves de Terminale, Mexico

 

Ayotzinapa, le cas qui tourmente tout un pays

Le nouveau président mexicain Andrés Manuel Lopez Obrador ouvre une nouvelle enquête sur le cas des 43 étudiants disparus à Iguala en 2014 dans l´État de Guerrero.

 

Tout mexicain attend une réponse claire, concise et logique, tout mexicain veut faire justice, tout mexicain souhaite recevoir ce qui n’a pas été accordé lors du mandat du président sortant Enrique Peña Nieto. Pour la journaliste Anabel Hernàndez, auteure de La verdadera noche de Iguala (2016), aucun pays ne peut continuer sans connaître la vérité à laquelle les victimes et la société ont le droit d’accéder. Les faits passés à Iguala nous obligent à réfléchir sur le moment que le Mexique vit aujourd’hui.”

Les 43 disparus d’Ayotzinapa rejoignaient la manifestation pour commémorer le massacre de Tlatelolco, quartier de la ville de Mexico où de nombreux étudiants furent assassinés par les forces de l´ordre dans le cadre du mouvement étudiant de 1968. Comment la commémoration d’un tel massacre a pu conduire à un nouvel assassinat d’étudiants?

Quatre années se sont écoulées et plusieurs théories ont été proposées sans qu’aucune ne parvienne à convaincre les familles des victimes et le peuple mexicain. Une seule certitude, les autorités mexicaines ont bien joué un rôle aux côtés des trafiquants de drogue dans ce massacre.

Marche pour les 10 mois sans les normaliens de Ayotzinapa, le 26 juillet 2015, photo by PetroHSW / CC BY

 

« Une commission de la vérité »

Dans son discours d’investiture, le 1er décembre 2018, le nouveau président du Mexique, Andrés Manuel Lopez Obrador (dit AMLO), a confirmé sa promesse de campagne en annonçant la création d’une « commission de la vérité » pour résoudre le cas des 43 étudiants. Deux jours plus tard, AMLO signe le décret consacrant cette commission d’investigation composée des parents des étudiants, de membres du gouvernement, d’experts et de techniciens. Les différents secrétariats ont 30 jours pour définir le budget alloué afin de pouvoir commencer les enquêtes le plus tôt possible. « Nous n’avons plus confiance en personne, mais nous avons un peu d’espoir que vous soyez davantage humain », lui a dit Maria Martinez, mère d’un des étudiants disparus, selon les journalistes de l’Agence France-Presse (AFP), présents à la signature de l’accord. Serait-ce lui le nouvel “héros” du peuple mexicain, celui qui amènera la réponse que tout le peuple attend et exige?

                           Campagne d’affichage du gouvernement de l’État de Guerrero en hommage

                            aux 43 étudiants disparus. #Jusquàlesretrouver

 

Une version officielle contestée

La commission devra revoir la version officielle qui n’a jamais convaincu le peuple mexicain. Dans la nuit du 26 au 27 septembre 2014, les étudiants de l’école normale rurale d’Ayotzinapa, qui avaient mobilisé cinq autobus pour aller manifester à Mexico, auraient été attaqués par des officiers de la police municipale d’Iguala, sur ordre du maire, avant d’être livrés au cartel des Guerreros Unidos (guerriers unis), qui les aurait confondus avec un cartel rival et les aurait tués, avant d’incinérer leurs corps dans une décharge. Dès 2015, un groupe d’experts de la Commission interaméricaine des droits de l’homme (CIDH) a contesté cette version et réclamait que de nouvelles pistes soient explorées. En mars dernier, un rapport du  haut commissaire aux droits de l’homme de l’Organisation des Nations unies (ONU), Zeid Ra’ad al-Hussein, avance que durant l’enquête sur ce massacre des actes de torture ont été « commis, tolérés et couverts » par les autorités mexicaines. Le rapport demande que tous les éléments d’enquête obtenus sous la torture soient considérés comme nuls et retirés du dossier. La nouvelle commission aura pour rôle de répondre aux inquiétudes du peuple mexicain et à la méfiance des observateurs internationaux. La mission s’avère délicate car le cas des 43 disparus cristallise les doutes de toute une nation. Pour cela, la commission s’engage à une transparence totale sur toute avancée de l’enquête.

La nation mexicaine attend que cette initiative du président apporte des réponses et puisse enfin tranquilliser les familles des victimes. Certains restent encore sceptiques sur sa démarche mais  si AMLO atteint son objectif, cette quête de vérité représentera surement une des images marquantes de son mandat.

Dossier spécial dixième anniversaire 2009-2018

  Dix ans en Amérique : Mexique  

 

Luna TOTO-BROCCHI et Renata MAROTO, élèves de Terminale, Mexico

 

Acapulco, un paradis au bord du gouffre

La ville balnéaire mexicaine n’est plus qu’un rêve envolé. Face à la montée des violences et du crime organisé, de nombreux touristes internationaux l’ont désertée.

 

« Jesús Arenas, directeur de la police des autoroutes, exécuté devant sa femme dans un restaurant d’Acapulco », titrait le journal La Reforma, le 4 mai 2018. C’est ce type de faits-divers que l’on retrouve fréquemment dans cette station balnéaire de l’État de Guerrero. Et c’est pourtant grâce à elle que cet état va connaitre son apogée touristique en 2008 avec plus de 7 millions de visiteurs. Mais depuis dix ans, la ville s’est enfoncée dans une violence extrême entretenue par les différents clans de narcotrafiquants qui souhaitent contrôler la ville.

                                            Coucher du soleil sur la baie d’Acapulco, photo CC BY

 

Nous sommes loin de l’époque où « la perle du Pacifique » accueillait le tournage en 1947 de La Dame de Shanghai ou la lune de miel des époux Kennedy en 1953. Réservée à l’élite, la ville s’ouvre progressivement au tourisme de masse à partir des années 1960. Acapulco connait une grande expansion et apparait comme la vitrine du tourisme au Mexique. Aujourd’hui, la situation a bien changé. En 2017, Acapulco recensait 917 assassinats, soit un taux d’homicides de plus de 106 pour 100 000 habitants, ce qui lui octroie la funeste troisième place des villes les plus violentes du monde, d’après le classement de l’organisation non gouvernementale mexicaine, Consejo Ciudadano para la Seguridad Pública y la Justicia Penal (CCSPJP). En moins de dix ans la ville côtière a perdu plus de 40% de ses visiteurs, d’après les statistiques du secrétariat au tourisme du Mexique. Et ce n’est plus un tourisme international comme auparavant, en 2017, 90% des visiteurs étaient mexicains, d’après la même source. Selemen, ex-associé de la discothèque El Alebrije, nous explique qu' »il n’y a plus de sécurité et les narcos prennent tout le pouvoir, les prix baissent et la pauvreté augmente et cela se ressent fortement ». Après 30 ans de service, en 2015, son établissement réputé a dû fermer car il lui devenait impossible de poursuivre dans ces conditions.

 

La montée du crime organisé

Le Guerrero est, au côté du Morelos et de la Baja California, un des États les plus dangereux du Mexique en termes d’homicides, d’exécutions et d’enlèvements, selon une enquête de l’association mexicaine Semáforo delictivo nacional réalisée en 2018. De nombreuses ambassades étrangères, comme celles de la France ou des États-Unis, recommandent même de ne plus y aller.

On peut lire sur le site de l’ambassade française que “les disputes territoriales du crime organisé provoquent une vague de délinquance dans l’État de Guerrero. Il est recommandé d’éviter les villes d’Acapulco, Chilpancingo et Ixtapa-Zihuatanejo”. Son homologue américaine indique quant à elle, dans son dernier message en date du 25 septembre 2018 : “ Alerte à la sécurité – Les forces fédérales remplacent la police municipale à Acapulco”.

 

Comment ce lieu de vacances mondain est devenu un territoire gouverné par les narcotrafiquants?

L’État de Guerrero est sous le contrôle de deux grands cartels de la drogue : les Guerreros Unidos (les guerriers unis) et Los Rojos (les rouges). Mais à Acapulco, la situation est bien plus complexe car de nombreux cartels souhaitent en prendre le contrôle ce qui cause une augmentation des assassinats entre bandes rivales mais aussi de nombreux dommages collatéraux sur les forces de l’ordre ainsi que sur les habitants de la ville et les touristes. Si la ville au début des années 2000 faisait moins parler d’elle, c’est qu’elle était entre les mains d’un seul cartel, celui des frères Beltrán Leyva. En 2008, l’arrestation d’Alfredo Beltrán Leyva, entame la désintégration du clan et incite les clans rivaux à s’emparer de la ville.  L’arrestation huit ans plus tard de son associé El Chapo, chef du cartel de Sinaloa, accentue la situation conflictuelle entre les clans qui pensent avoir la voie libre pour s’imposer dans ce port stratégique.

 

Un combat national

Les touristes étrangers ont délaissé Acapulco et ont migré sur la côte Atlantique dans la péninsule du Yucatan pour des villes telles que Cancún,  réputée pour les fameux Spring break qu’organisent les étudiants américains au début du printemps, ou encore Playa del Carmen, Tulum et Cozumel. Les visiteurs y ont trouvé la beauté des sites, le confort, mais aussi la sécurité. Si le nombre d’homicides est moins alarmant qu’à Acapulco, les cartels mexicains commencent à menacer la zone et les crimes sont en constante augmentation. Ces villes qui connaissent actuellement un essor touristique pourraient elles aussi connaitre le même sort que la « perle du Pacifique » et voir un jour les touristes repartir vers des localités plus sûres. C’est pourquoi, tant que la corruption perdure et que les cartels disposent d’un pouvoir si conséquent au Mexique, le tourisme restera un secteur lunatique avec une faible assurance de se construire sur le long terme. Le combat est donc national et c’est d’ailleurs le principal défi qui attend Andrés Manuel López Obrador, le nouveau président mexicain, qui s’est engagé à vaincre la corruption qui s’est institutionnalisée au Mexique à tous les niveaux depuis des décennies.

Dossier spécial dixième anniversaire 2009-2018

  Dix ans en Amérique : Mexique 

 

Valentina Facey et  Marcela Sofia Florin, élèves de Terminale, Mexico

 

Au Chiapas, une culture qui cherche à se préserver

La déforestation incontrôlée menace les communautés indigènes du Chiapas qui tentent de se regrouper pour y faire face.

Situé au sud-est du Mexique, à la frontière avec le Guatemala, le Chiapas est un des États les plus pauvres du pays mais reste doté de très grandes richesses naturelles. Pour Alejandro Hernandez, coordinateur des forêts méso-américaines du Mexique, le Chiapas est le deuxième État qui dispose de la plus grande superficie forestière du pays. Deux de ses forêts les plus remarquables sont la réserve El triunfo, reconnue en 2015 par la BBC Earth comme « la forêt la plus magique du monde », et au cœur de la jungle de Lacandon, la réserve de Montes Azules, 331 200 hectares de terre maya, la biosphère la plus riche d’Amérique centrale, selon l’UNESCO. Mais ces espaces sont menacés comme l’attestent de nombreux groupes civils de la région qui dénoncent le pillage des actifs naturels de leurs terres et le harcèlement de l’armée mexicaine contre les communautés indigènes pour protéger les multinationales engagées dans des projets d’extraction des richesses naturelles.

                                  La forêt du Chiapas dans la jungle de Lacandon, photo CC BY

 

Une déforestation qui menace les communautés indigènes

Le Chiapas aurait perdu 55% de ses forêts, selon l’organisation non gouvernementale (ONG) américaine The Nature Conservancy. Pour Marco Antonio Lara Ramirez, directeur commercial de l’ONG mexicaine Ambio, c’est « entre 30.000 et 45.000 hectares de forêts qui sont déboisés chaque année ». La déforestation s’est accentuée au début des années 2000 quand le président mexicain Vincente Fox lance le plan Puebla Panama, un projet de développement censé lutter contre la pauvreté, mais qui favorisa l’exploitation des matières premières de la région en encourageant l’implantation de multinationales. Depuis, l’exploitation des terres pour l’élevage, avec plus de 6.2% des surfaces du Chiapas qui y sont consacrées, selon l’institut statistique mexicain l’INEGI, n’a cessé d’accentuer le problème de la déforestation.

 

Dans la réserve de Montes Azules, plus de quarante-cinq communautés indiennes y résident. Et pour les ethnies Chiapanèques comme les Lacandones, les Choles et les Tzeltates, les forêts ont un rôle crucial dans leur identité culturelle. La déforestation provoque ainsi le départ des ethnies vers les villes afin d’y trouver de nouvelles ressources et cet exode menace ces différentes communautés.  Ainsi, la ville de San Cristóbal de Las Casas, capitale culturelle du Chiapas, connait une croissance de sa population de plus de 4% par an, selon l’INEGI, croissance due en grande partie à l’arrivée des migrations indigènes subies, estime l’institut mexicain de statistiques. Martha, qui travaille dans l’hacienda Don Juan de la ville nous explique que « les communautés indigènes comme le peuple des Lavandins vivent en pleine forêt tropicale, une forêt devenue constitutive de leurs traditions car elle fut le seul moyen au XVIème siècle de fuir les incursions militaires et religieuses des Espagnols. » La conservation de la forêt est devenue selon elle « indispensable pour conserver le patrimoine culturel du Chiapas ».

 

Le réveil des peuples indigènes

La désignation pour la première fois d’une candidate indienne à la présidentielle de 2018, par le Conseil indigène de gouvernement du Chiapas, réunissant des représentants de 58 peuples indiens, et de  l’Armée zapatiste, montre la montée en puissance de leurs revendications. La porte-parole María de Jesús Patricio, guérisseuse traditionnelle, connue sous le nom de Marichuy, a pu ainsi lors de débats nationaux plaider la cause des peuples indigènes. La prise de la ville de San Cristóbal, lors de la révolte de l’armée zapatiste de libération nationale (EZLN) en 1994, avait constitué un sursaut des communautés indigènes et avait permis un premier pas vers la reconnaissance des richesses naturelles de leur région. En octobre 2018, des indigènes, étudiants et membres de la Coordination nationale des travailleurs de l’éducation (CNTE) ont défilé dans les villes de San Cristóbal et de Tuxtla Gutièrez pour s’opposer aux projets hydroélectriques, pétroliers et miniers qui menacent les terres et la vie sociale et culturelle du territoire. « Les gens craignent pour leur intégrité en raison de l’historique des menaces et des expulsions qui se sont produits dans la région, notamment parce que les actions de l’armée ont été caractérisées par du harcèlement, des meurtres, des incendies de maisons et des expulsions », explique Claudia Ramos, membre de l’association civile Otros Mundos, dans une interview pour le média en ligne Sin embargo.

                                   Indiens du Chenalhó au Chiapas, photo by Diego Cue / CC BY

Des projets alternatifs

Nombre d’acteurs nationaux préconisent, face à l’extraction des richesses naturelles des multinationales, de développer le secteur du tourisme pour mettre en valeur les zones forestières. Il s’agit par exemple de restaurer les haciendas et les sites archéologiques comme ceux de Palenque, Bonanpak, Yaxchilan. Le dernier projet en date, le train Maya, proposé par le nouveau président Andrés Manuel López Obrador, a pour objectif de faciliter le transit d’un site archéologique ou naturel à l’autre. Mais ces initiatives ne font pas l’unanimité. Ces modèles sont souvent critiqués par des associations locales car ils induisent des répercutions sur la biosphère et favorisent aussi l’homogénéisation de l’identité indienne-paysanne. Les réponses sont donc encore à trouver et c’est par l’association des différentes communautés indigènes et leur capacité à proposer de nouvelles voies de développement possibles que le Chiapas pourra conserver sa véritable identité.

Dossier spécial dixième anniversaire 2009-2018

   Dix ans en Amérique : Mexique 

 

Chloé Palacios et Natalia Martinez, élèves de Terminale, Mexico

 

La mort, synonyme de censure

Au Mexique, les assassinats de journalistes deviennent monnaie courante et ces crimes restent en grande majorité impunis.

 

Le lundi 15 mai 2017, à midi, Javier Valdez Cárdenas est assassiné devant les locaux de son journal Ríodoce, à Culiacán, dans l’État de Sinaloa. Il couvrait notamment la guerre de succession au sein du cartel de Sinaloa depuis l’extradition vers les États-Unis en janvier 2017  du narcotrafiquant Joaquín Guzmán, dit El Chapo. Au Mexique, la lutte contre les cartels cause la mort de deux à trois personnes par jour. Considérée comme la capitale du narcotrafic, Culiacán est l’une des villes les plus dangereuses du pays pour les journalistes qui constituent une cible privilégiée pour les narcotrafiquants.

Javier Valdez savait ce qu’il faisait et était conscient d’être en danger mais souhaitait poursuivre son travail d’investigation, relate la femme du journaliste à la suite de son assassinat. Dans Ríodoce, il racontait en détail la vie au sein du Cartel de Sinaloa, les conflits internes, les luttes de pouvoir et les rapports que les membres du clan pouvaient entretenir avec les hommes politiques. Son but tout au long de sa vie professionnelle fut d’exposer les événements qui menaçaient la vie des habitants de Culiacan. Cette lutte lui coûta finalement la sienne. Cette menace pèse aujourd’hui sur nombreux journalistes mexicains qui ne répondent pas à l’appel de l’autocensure des narcotrafiquants.

 

                                                     Javier Valdez Cárdenas devant son café préféré à Culiacan, État de Sinaloa.

 

Un métier menacé

Avec 11 journalistes tués, le Mexique est devenu en 2017 le deuxième pays, derrière la Syrie, le plus meurtrier au monde pour les journalistes, selon Reporters sans frontières qui le positionne à la 147e place de son classement mondial de la liberté de la presse. Au cours du mandat du précédent président mexicain Enrique Peña Nieto (2012-2018), plus de 1 986 agressions sur des journalistes et 43 assassinats ont été enregistrés dans le pays, selon le dernier rapport de l’organisation non gouvernementale britannique Article 19 qui souligne que très peu de cas ont été résolus. Les aspirants à la profession se font de plus en plus rares et le journalisme d’investigation tombe en déclin. Pour la photographe Jacky Muniello, qui travaille depuis de nombreuses années au cœur de la société mexicaine, “les reportages et le journalisme sont des activités qui nécessitent du courage et de la détermination. Les photographes de presse doivent être des personnes dévouées et passionnées pour réussir à témoigner sur toutes ces fusillades. »

Écrire, « une offrande pour commémorer les victimes »

Les groupes criminels exercent au Mexique une pression telle qu’il est difficile aujourd’hui de suivre l’exemple de Javier Valdez. Les journalistes risquent leur vie mais aussi celles de leurs proches. Écrire sur les narcotrafiquants  devient si dangereux que nombreux journalistes s’autocensurent ou abandonnent la profession. Dans une interview pour le quotidien numérique espagnol Público, le co-fondateur de Ríodoce, Ismaël Bójorquez, reconnait que même si son hebdomadaire publie plus facilement que ses pairs, cela ne représente que 10% de ce qu’ils savent car ils connaissent les limites et les conséquences d’un tel acte. Les menaces ne viennent pas seulement du cartel visé par l’article mais aussi des clans rivaux qui se sentent menacés par la  “publicité” que l’on peut faire à leurs adversaires dans la lutte de pouvoir pour contrôler la ville. Cependant, les journalistes de Ríodoce continuent leur travail car ils considèrent que maintenant, informer ce n’est pas seulement un engagement envers la société mexicaine, mais aussi vis à vis de Javier et des dizaines de journalistes qui sont tués chaque année au Mexique comme Miroslava Breach, le 23 mars 2017, ou Leobardo Vázquez Atzin, le 21 mars 2018. Pour Ismaël Bojórquez, chaque article publié devient alors « une offrande pour commémorer les victimes qui ne cherchaient qu’à dévoiler la vérité de ce qui se passe tous les jours dans leur ville ». Les professionnels de l’information continuent ainsi de se battre au Mexique pour que le journalisme d’investigation ne symbolise plus une nouvelle peine de mort.

 

Dossier spécial dixième anniversaire 2009-2018

  L’Amérique dans 10 ans : Mexique 

 

Sofía Cuazitl, María Garcin, et Camila Palomar, élèves de Terminale, Guadalajara

 

The lake Chapala society

 

Le Mexique est aujourd’hui la 15éme puissance économique mondiale, c’est un pays en plein développement économique ce qui attire beaucoup de migrants des quatre coins du monde, pauvres ou riches. On  aimerait estimer que dans dix ans, en 2028, le Mexique serait la 10ème puissance économique mondiale. Le territoire mexicain d’aujourd’hui serait très divers. De même, on pourrait trouver la culture mexicaine de plus en plus présente ailleurs. 10 ans c’est une période de temps suffisante pendant laquelle de grands changements pourraient être effectués.

 

Un des avantages que possède le pays est une attraction pour d’autres cultures, et, depuis des siècles, le Mexique a été un pays qui ouvre facilement ses frontières. Un des exemples pour illustrer cela serait la vague d’espagnols accueillis au Mexique lors de la Guerre Civile Espagnole (1936-1939) sous le pouvoir du président Lázaro Cárdenas (1936-1940).  Notre pays a ouvert ses portes aux réfugiés qui comprenaient notamment des artistes, des scientifiques et des intellectuels espagnols, ce qui a été une source importante pour le développement du pays. Diego Martinez Barrio, président de la République espagnole pendant l’exil a dit: “Los emigrados amamos a este país con el caudaloso y violento amor con que amamos al nuestro propio, sin distingos ya entre uno y otro”, ce qui veut dire; “Les immigrés, nous aimons ce pays d’un amour puissant et violent avec lequel on aime le nôtre, sans aujourd’hui faire la différence entre l’un ou l’autre”. Nous estimons alors que dans dix ans, ces types de migrations et cette manière d’accueillir les étrangers continuera et contribuera notamment à la croissance de notre pays et à sa diversification.

D’autre part au XXème siècle notre pays a accueilli de nombreux réfugiés politiques des pays sud-américains notamment par la présence des dictatures. Ces flux migratoires latino-américains sont toujours présents même si les causes sont autres. Le Mexique est considéré comme un pays de passage pour les migrants souhaitant entrer aux États-Unis (ex : la caravane des migrants de provenance hondurienne en 2018). Le pouvoir du Président Donald Trump, qui souhaite fermer complètement les portes à ces vagues migratoires, fait que le Mexique soit de plus en plus considéré comme pays d’accueil. On estime que cela va s’accroître dans les années à venir, à la suite du développement économique qui attirera davantage de personnes en quête d’opportunités. Le Mexique prendra donc une position cohérente; ne pas discriminer ou exclure les migrants, une position qui devrait être évidente pour tous dans un monde qui se diversifie de plus en plus.

 

On doit savoir que le Mexique est considéré comme un pays « mégadivers ». Il fait partie du groupe des nations qui ont la plus grande variété de faune et de flore: 70% de la diversité mondiale. La déclaration de Cancún (2002), a créé le “Groupe des pays Mégadivers” pour coopérer sur les priorités de préservation et d’utilisation durable de la diversité biologique.

D’ailleurs on peut s’imaginer que les étrangers sont attirés par cette biodiversité et profitent du climat et de la nature exceptionnels du pays. Des communautés étrangères installées au Mexique existent déjà; comme au lac de Chapala à Jalisco, où se trouve la plus grande communauté états-unienne du monde en dehors de leur pays. Selon “The Lake Chapala Society”, aux alentours de 10 000 étrangers résident auprès du lac et le nombre va s’accroître encore les années à venir par le “boom” des personnes retraitées qui cherchent un exil calme et chaleureux. Cette communauté regroupe un grand nombre d’étrangers (surtout américains et canadiens) et se situe à 50km, et près de 40 minutes de trajet en voiture de la ville de Guadalajara. Le mélange entre la culture mexicaine et les cultures étrangères, notamment américaine, est très présent. La plupart des affiches, des publicités, des noms de restaurants sont écrits en espagnol comme en anglais et il existe même des magasins remplis de produits importés pour assurer qu’ils puissent trouver presque les mêmes choses que chez eux. Ces personnes sont notamment attirées par la différence de pouvoir d’achat entre le Mexique et les États-Unis puisqu’ils obtiennent leurs pensions en dollars. De même, par le climat (température moyenne de 19 degrés), les fêtes traditionnelles, la gastronomie, les services médicaux et dentaires qui sont moins chers et la communauté internationale qui existe déjà, les américains profitent pleinement de ce lieu. Il est intéressant de voir comment ces personnes sont attirées par le Mexique pour des raisons économiques comme le sont les mexicains qui partent aux États-Unis.

 

Selon International Community Foundation (ICF), il n’est pas insensé d’estimer à environ 2 millions d’expatriés à l’intérieur de notre pays. Ils estiment aussi qu’ils contribuent avec 15 à 18 milliards de dollars annuels à l’économie où ils s’installent. Les plus attirés par le pays sont les retraités. On les trouve principalement à Los Cabos, en Basse Californie, à Mazatlan, à San Miguel de Allende, Guanajuato mais principalement à Chapala, Jalisco.

 

D’autre part,  on peut expliquer cette augmentation de migrants par la bienveillance des habitants mexicains, qui créent une ambiance agréable pour les étrangers. On observe que les européens sont de plus en plus attirés par ce pays: les immigrés espagnols, sont le groupe le plus important, suivi par les français, les allemands, et les italiens. Les asiatiques, notamment les chinois, ont triplé leur présence et il y a 12 fois plus de coréens qu’avant. On illustre ainsi la diversité et le multiculturalisme qui caractérise la société et la nation mexicaine. En général les jeunes préfèrent les grandes villes comme la Ciudad de Mexico, Guadalajara, Monterrey, Veracruz… On imagine que dans 10 ans avec l’amélioration de notre économie, l’immigration doublera et notre culture continuera à avoir les portes ouvertes pour le monde. Il ne faut pas oublier que la migration s’accompagne toujours des échanges entre connaissances, cultures et opinions quelles que soient leurs origines.

 

 

Dans 10 ans, on espère pouvoir voir un Mexique dans une meilleure situation économique, et qui grâce aux vagues migratoires, pourrait évoluer positivement.

Les frontières deviendront floues, et les déplacements d’un lieu à un autre seront de plus en plus nombreux. Le Mexique aura un impact plus important sur l’ensemble de la planète. Le phénomène de la migration est  probablement aussi ancien que l’humanité elle-même, ce qui nous montre que ceci va avec la nature humaine. Le Mexique aura l’opportunité d’exploiter tous les aspects positifs que la migration et la mondialisation ont, comme il le fait déjà à Chapala, lieu de plus en plus internationalisé. Et comme s’exprime Diego Martinez Barrio, cité préalablement, les sentiments d’appartenance vont aller au-delà des frontières et de l’origine de chaque personne.

Attention au feu!

Yanis Caillaud, Washington DC 

 

Dessin de Yanis Caillaud

«Les deux types de feux à éviter aux États-Unis» :

les anti Nike brûlent les chaussures pour manifester leur opposition avec la publicité ; 

“fire”, faire feu, par référence au shooting ayant eu lieu cette année aux États-Unis.

 

La firme d’accessoires et de vêtements de sport Nike, mondialement connue, s’est retrouvée au cœur d’une controverse liée à ses nouvelles campagnes publicitaires “Just do It”. Ces publicités ont suscité la polémique parce qu’elles se sont appuyées sur une riche liste des meilleurs athlètes, mais surtout sur l’ex footballeur américain Colin Kaepernick. Or Colin Kaepernick a marqué les esprits lorsqu’il a refusé de se lever pour chanter l’hymne national Américain avant un match (cela s’est produit en 2016, mais de nombreux autres sportifs ont ensuite imité son geste).

Le fait de rester à genoux lors de l’hymne national représente une forme de protestation contre les meurtres sans cause d’individus afro-américains par la police qui surviennent malheureusement trop souvent. Il s’agit d’un geste fort dans un pays où l’hymne national ne saurait être instrumentalisé pour critiquer le fonctionnement de la société.

Après le lancement de cette campagne publicitaire de nombreux individus ont décidé de boycotter la marque Nike en brûlant certains produits ornés du fameux logo. Cette campagne de publicité aurait entraîné une baisse de 2% du cours de l’action  Nike.

 

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