Archives de Catégorie: Société

Dossier spécial dixième anniversaire 2009-2018

  Dix ans en Amérique : Mexique 

 

Valentina Facey et  Marcela Sofia Florin, élèves de Terminale, Mexico

 

Au Chiapas, une culture qui cherche à se préserver

La déforestation incontrôlée menace les communautés indigènes du Chiapas qui tentent de se regrouper pour y faire face.

Situé au sud-est du Mexique, à la frontière avec le Guatemala, le Chiapas est un des États les plus pauvres du pays mais reste doté de très grandes richesses naturelles. Pour Alejandro Hernandez, coordinateur des forêts méso-américaines du Mexique, le Chiapas est le deuxième État qui dispose de la plus grande superficie forestière du pays. Deux de ses forêts les plus remarquables sont la réserve El triunfo, reconnue en 2015 par la BBC Earth comme « la forêt la plus magique du monde », et au cœur de la jungle de Lacandon, la réserve de Montes Azules, 331 200 hectares de terre maya, la biosphère la plus riche d’Amérique centrale, selon l’UNESCO. Mais ces espaces sont menacés comme l’attestent de nombreux groupes civils de la région qui dénoncent le pillage des actifs naturels de leurs terres et le harcèlement de l’armée mexicaine contre les communautés indigènes pour protéger les multinationales engagées dans des projets d’extraction des richesses naturelles.

                                  La forêt du Chiapas dans la jungle de Lacandon, photo CC BY

 

Une déforestation qui menace les communautés indigènes

Le Chiapas aurait perdu 55% de ses forêts, selon l’organisation non gouvernementale (ONG) américaine The Nature Conservancy. Pour Marco Antonio Lara Ramirez, directeur commercial de l’ONG mexicaine Ambio, c’est « entre 30.000 et 45.000 hectares de forêts qui sont déboisés chaque année ». La déforestation s’est accentuée au début des années 2000 quand le président mexicain Vincente Fox lance le plan Puebla Panama, un projet de développement censé lutter contre la pauvreté, mais qui favorisa l’exploitation des matières premières de la région en encourageant l’implantation de multinationales. Depuis, l’exploitation des terres pour l’élevage, avec plus de 6.2% des surfaces du Chiapas qui y sont consacrées, selon l’institut statistique mexicain l’INEGI, n’a cessé d’accentuer le problème de la déforestation.

 

Dans la réserve de Montes Azules, plus de quarante-cinq communautés indiennes y résident. Et pour les ethnies Chiapanèques comme les Lacandones, les Choles et les Tzeltates, les forêts ont un rôle crucial dans leur identité culturelle. La déforestation provoque ainsi le départ des ethnies vers les villes afin d’y trouver de nouvelles ressources et cet exode menace ces différentes communautés.  Ainsi, la ville de San Cristóbal de Las Casas, capitale culturelle du Chiapas, connait une croissance de sa population de plus de 4% par an, selon l’INEGI, croissance due en grande partie à l’arrivée des migrations indigènes subies, estime l’institut mexicain de statistiques. Martha, qui travaille dans l’hacienda Don Juan de la ville nous explique que « les communautés indigènes comme le peuple des Lavandins vivent en pleine forêt tropicale, une forêt devenue constitutive de leurs traditions car elle fut le seul moyen au XVIème siècle de fuir les incursions militaires et religieuses des Espagnols. » La conservation de la forêt est devenue selon elle « indispensable pour conserver le patrimoine culturel du Chiapas ».

 

Le réveil des peuples indigènes

La désignation pour la première fois d’une candidate indienne à la présidentielle de 2018, par le Conseil indigène de gouvernement du Chiapas, réunissant des représentants de 58 peuples indiens, et de  l’Armée zapatiste, montre la montée en puissance de leurs revendications. La porte-parole María de Jesús Patricio, guérisseuse traditionnelle, connue sous le nom de Marichuy, a pu ainsi lors de débats nationaux plaider la cause des peuples indigènes. La prise de la ville de San Cristóbal, lors de la révolte de l’armée zapatiste de libération nationale (EZLN) en 1994, avait constitué un sursaut des communautés indigènes et avait permis un premier pas vers la reconnaissance des richesses naturelles de leur région. En octobre 2018, des indigènes, étudiants et membres de la Coordination nationale des travailleurs de l’éducation (CNTE) ont défilé dans les villes de San Cristóbal et de Tuxtla Gutièrez pour s’opposer aux projets hydroélectriques, pétroliers et miniers qui menacent les terres et la vie sociale et culturelle du territoire. « Les gens craignent pour leur intégrité en raison de l’historique des menaces et des expulsions qui se sont produits dans la région, notamment parce que les actions de l’armée ont été caractérisées par du harcèlement, des meurtres, des incendies de maisons et des expulsions », explique Claudia Ramos, membre de l’association civile Otros Mundos, dans une interview pour le média en ligne Sin embargo.

                                   Indiens du Chenalhó au Chiapas, photo by Diego Cue / CC BY

Des projets alternatifs

Nombre d’acteurs nationaux préconisent, face à l’extraction des richesses naturelles des multinationales, de développer le secteur du tourisme pour mettre en valeur les zones forestières. Il s’agit par exemple de restaurer les haciendas et les sites archéologiques comme ceux de Palenque, Bonanpak, Yaxchilan. Le dernier projet en date, le train Maya, proposé par le nouveau président Andrés Manuel López Obrador, a pour objectif de faciliter le transit d’un site archéologique ou naturel à l’autre. Mais ces initiatives ne font pas l’unanimité. Ces modèles sont souvent critiqués par des associations locales car ils induisent des répercutions sur la biosphère et favorisent aussi l’homogénéisation de l’identité indienne-paysanne. Les réponses sont donc encore à trouver et c’est par l’association des différentes communautés indigènes et leur capacité à proposer de nouvelles voies de développement possibles que le Chiapas pourra conserver sa véritable identité.

Dossier spécial dixième anniversaire 2009-2018

   Dix ans en Amérique : Mexique 

 

Chloé Palacios et Natalia Martinez, élèves de Terminale, Mexico

 

La mort, synonyme de censure

Au Mexique, les assassinats de journalistes deviennent monnaie courante et ces crimes restent en grande majorité impunis.

 

Le lundi 15 mai 2017, à midi, Javier Valdez Cárdenas est assassiné devant les locaux de son journal Ríodoce, à Culiacán, dans l’État de Sinaloa. Il couvrait notamment la guerre de succession au sein du cartel de Sinaloa depuis l’extradition vers les États-Unis en janvier 2017  du narcotrafiquant Joaquín Guzmán, dit El Chapo. Au Mexique, la lutte contre les cartels cause la mort de deux à trois personnes par jour. Considérée comme la capitale du narcotrafic, Culiacán est l’une des villes les plus dangereuses du pays pour les journalistes qui constituent une cible privilégiée pour les narcotrafiquants.

Javier Valdez savait ce qu’il faisait et était conscient d’être en danger mais souhaitait poursuivre son travail d’investigation, relate la femme du journaliste à la suite de son assassinat. Dans Ríodoce, il racontait en détail la vie au sein du Cartel de Sinaloa, les conflits internes, les luttes de pouvoir et les rapports que les membres du clan pouvaient entretenir avec les hommes politiques. Son but tout au long de sa vie professionnelle fut d’exposer les événements qui menaçaient la vie des habitants de Culiacan. Cette lutte lui coûta finalement la sienne. Cette menace pèse aujourd’hui sur nombreux journalistes mexicains qui ne répondent pas à l’appel de l’autocensure des narcotrafiquants.

 

                                                     Javier Valdez Cárdenas devant son café préféré à Culiacan, État de Sinaloa.

 

Un métier menacé

Avec 11 journalistes tués, le Mexique est devenu en 2017 le deuxième pays, derrière la Syrie, le plus meurtrier au monde pour les journalistes, selon Reporters sans frontières qui le positionne à la 147e place de son classement mondial de la liberté de la presse. Au cours du mandat du précédent président mexicain Enrique Peña Nieto (2012-2018), plus de 1 986 agressions sur des journalistes et 43 assassinats ont été enregistrés dans le pays, selon le dernier rapport de l’organisation non gouvernementale britannique Article 19 qui souligne que très peu de cas ont été résolus. Les aspirants à la profession se font de plus en plus rares et le journalisme d’investigation tombe en déclin. Pour la photographe Jacky Muniello, qui travaille depuis de nombreuses années au cœur de la société mexicaine, “les reportages et le journalisme sont des activités qui nécessitent du courage et de la détermination. Les photographes de presse doivent être des personnes dévouées et passionnées pour réussir à témoigner sur toutes ces fusillades. »

Écrire, « une offrande pour commémorer les victimes »

Les groupes criminels exercent au Mexique une pression telle qu’il est difficile aujourd’hui de suivre l’exemple de Javier Valdez. Les journalistes risquent leur vie mais aussi celles de leurs proches. Écrire sur les narcotrafiquants  devient si dangereux que nombreux journalistes s’autocensurent ou abandonnent la profession. Dans une interview pour le quotidien numérique espagnol Público, le co-fondateur de Ríodoce, Ismaël Bójorquez, reconnait que même si son hebdomadaire publie plus facilement que ses pairs, cela ne représente que 10% de ce qu’ils savent car ils connaissent les limites et les conséquences d’un tel acte. Les menaces ne viennent pas seulement du cartel visé par l’article mais aussi des clans rivaux qui se sentent menacés par la  “publicité” que l’on peut faire à leurs adversaires dans la lutte de pouvoir pour contrôler la ville. Cependant, les journalistes de Ríodoce continuent leur travail car ils considèrent que maintenant, informer ce n’est pas seulement un engagement envers la société mexicaine, mais aussi vis à vis de Javier et des dizaines de journalistes qui sont tués chaque année au Mexique comme Miroslava Breach, le 23 mars 2017, ou Leobardo Vázquez Atzin, le 21 mars 2018. Pour Ismaël Bojórquez, chaque article publié devient alors « une offrande pour commémorer les victimes qui ne cherchaient qu’à dévoiler la vérité de ce qui se passe tous les jours dans leur ville ». Les professionnels de l’information continuent ainsi de se battre au Mexique pour que le journalisme d’investigation ne symbolise plus une nouvelle peine de mort.

 

Dossier spécial dixième anniversaire 2009-2018

  L’Amérique dans 10 ans : Mexique 

 

Sofía Cuazitl, María Garcin, et Camila Palomar, élèves de Terminale, Guadalajara

 

The lake Chapala society

 

Le Mexique est aujourd’hui la 15éme puissance économique mondiale, c’est un pays en plein développement économique ce qui attire beaucoup de migrants des quatre coins du monde, pauvres ou riches. On  aimerait estimer que dans dix ans, en 2028, le Mexique serait la 10ème puissance économique mondiale. Le territoire mexicain d’aujourd’hui serait très divers. De même, on pourrait trouver la culture mexicaine de plus en plus présente ailleurs. 10 ans c’est une période de temps suffisante pendant laquelle de grands changements pourraient être effectués.

 

Un des avantages que possède le pays est une attraction pour d’autres cultures, et, depuis des siècles, le Mexique a été un pays qui ouvre facilement ses frontières. Un des exemples pour illustrer cela serait la vague d’espagnols accueillis au Mexique lors de la Guerre Civile Espagnole (1936-1939) sous le pouvoir du président Lázaro Cárdenas (1936-1940).  Notre pays a ouvert ses portes aux réfugiés qui comprenaient notamment des artistes, des scientifiques et des intellectuels espagnols, ce qui a été une source importante pour le développement du pays. Diego Martinez Barrio, président de la République espagnole pendant l’exil a dit: “Los emigrados amamos a este país con el caudaloso y violento amor con que amamos al nuestro propio, sin distingos ya entre uno y otro”, ce qui veut dire; “Les immigrés, nous aimons ce pays d’un amour puissant et violent avec lequel on aime le nôtre, sans aujourd’hui faire la différence entre l’un ou l’autre”. Nous estimons alors que dans dix ans, ces types de migrations et cette manière d’accueillir les étrangers continuera et contribuera notamment à la croissance de notre pays et à sa diversification.

D’autre part au XXème siècle notre pays a accueilli de nombreux réfugiés politiques des pays sud-américains notamment par la présence des dictatures. Ces flux migratoires latino-américains sont toujours présents même si les causes sont autres. Le Mexique est considéré comme un pays de passage pour les migrants souhaitant entrer aux États-Unis (ex : la caravane des migrants de provenance hondurienne en 2018). Le pouvoir du Président Donald Trump, qui souhaite fermer complètement les portes à ces vagues migratoires, fait que le Mexique soit de plus en plus considéré comme pays d’accueil. On estime que cela va s’accroître dans les années à venir, à la suite du développement économique qui attirera davantage de personnes en quête d’opportunités. Le Mexique prendra donc une position cohérente; ne pas discriminer ou exclure les migrants, une position qui devrait être évidente pour tous dans un monde qui se diversifie de plus en plus.

 

On doit savoir que le Mexique est considéré comme un pays « mégadivers ». Il fait partie du groupe des nations qui ont la plus grande variété de faune et de flore: 70% de la diversité mondiale. La déclaration de Cancún (2002), a créé le “Groupe des pays Mégadivers” pour coopérer sur les priorités de préservation et d’utilisation durable de la diversité biologique.

D’ailleurs on peut s’imaginer que les étrangers sont attirés par cette biodiversité et profitent du climat et de la nature exceptionnels du pays. Des communautés étrangères installées au Mexique existent déjà; comme au lac de Chapala à Jalisco, où se trouve la plus grande communauté états-unienne du monde en dehors de leur pays. Selon “The Lake Chapala Society”, aux alentours de 10 000 étrangers résident auprès du lac et le nombre va s’accroître encore les années à venir par le “boom” des personnes retraitées qui cherchent un exil calme et chaleureux. Cette communauté regroupe un grand nombre d’étrangers (surtout américains et canadiens) et se situe à 50km, et près de 40 minutes de trajet en voiture de la ville de Guadalajara. Le mélange entre la culture mexicaine et les cultures étrangères, notamment américaine, est très présent. La plupart des affiches, des publicités, des noms de restaurants sont écrits en espagnol comme en anglais et il existe même des magasins remplis de produits importés pour assurer qu’ils puissent trouver presque les mêmes choses que chez eux. Ces personnes sont notamment attirées par la différence de pouvoir d’achat entre le Mexique et les États-Unis puisqu’ils obtiennent leurs pensions en dollars. De même, par le climat (température moyenne de 19 degrés), les fêtes traditionnelles, la gastronomie, les services médicaux et dentaires qui sont moins chers et la communauté internationale qui existe déjà, les américains profitent pleinement de ce lieu. Il est intéressant de voir comment ces personnes sont attirées par le Mexique pour des raisons économiques comme le sont les mexicains qui partent aux États-Unis.

 

Selon International Community Foundation (ICF), il n’est pas insensé d’estimer à environ 2 millions d’expatriés à l’intérieur de notre pays. Ils estiment aussi qu’ils contribuent avec 15 à 18 milliards de dollars annuels à l’économie où ils s’installent. Les plus attirés par le pays sont les retraités. On les trouve principalement à Los Cabos, en Basse Californie, à Mazatlan, à San Miguel de Allende, Guanajuato mais principalement à Chapala, Jalisco.

 

D’autre part,  on peut expliquer cette augmentation de migrants par la bienveillance des habitants mexicains, qui créent une ambiance agréable pour les étrangers. On observe que les européens sont de plus en plus attirés par ce pays: les immigrés espagnols, sont le groupe le plus important, suivi par les français, les allemands, et les italiens. Les asiatiques, notamment les chinois, ont triplé leur présence et il y a 12 fois plus de coréens qu’avant. On illustre ainsi la diversité et le multiculturalisme qui caractérise la société et la nation mexicaine. En général les jeunes préfèrent les grandes villes comme la Ciudad de Mexico, Guadalajara, Monterrey, Veracruz… On imagine que dans 10 ans avec l’amélioration de notre économie, l’immigration doublera et notre culture continuera à avoir les portes ouvertes pour le monde. Il ne faut pas oublier que la migration s’accompagne toujours des échanges entre connaissances, cultures et opinions quelles que soient leurs origines.

 

 

Dans 10 ans, on espère pouvoir voir un Mexique dans une meilleure situation économique, et qui grâce aux vagues migratoires, pourrait évoluer positivement.

Les frontières deviendront floues, et les déplacements d’un lieu à un autre seront de plus en plus nombreux. Le Mexique aura un impact plus important sur l’ensemble de la planète. Le phénomène de la migration est  probablement aussi ancien que l’humanité elle-même, ce qui nous montre que ceci va avec la nature humaine. Le Mexique aura l’opportunité d’exploiter tous les aspects positifs que la migration et la mondialisation ont, comme il le fait déjà à Chapala, lieu de plus en plus internationalisé. Et comme s’exprime Diego Martinez Barrio, cité préalablement, les sentiments d’appartenance vont aller au-delà des frontières et de l’origine de chaque personne.

Attention au feu!

Yanis Caillaud, Washington DC 

 

Dessin de Yanis Caillaud

«Les deux types de feux à éviter aux États-Unis» :

les anti Nike brûlent les chaussures pour manifester leur opposition avec la publicité ; 

“fire”, faire feu, par référence au shooting ayant eu lieu cette année aux États-Unis.

 

La firme d’accessoires et de vêtements de sport Nike, mondialement connue, s’est retrouvée au cœur d’une controverse liée à ses nouvelles campagnes publicitaires “Just do It”. Ces publicités ont suscité la polémique parce qu’elles se sont appuyées sur une riche liste des meilleurs athlètes, mais surtout sur l’ex footballeur américain Colin Kaepernick. Or Colin Kaepernick a marqué les esprits lorsqu’il a refusé de se lever pour chanter l’hymne national Américain avant un match (cela s’est produit en 2016, mais de nombreux autres sportifs ont ensuite imité son geste).

Le fait de rester à genoux lors de l’hymne national représente une forme de protestation contre les meurtres sans cause d’individus afro-américains par la police qui surviennent malheureusement trop souvent. Il s’agit d’un geste fort dans un pays où l’hymne national ne saurait être instrumentalisé pour critiquer le fonctionnement de la société.

Après le lancement de cette campagne publicitaire de nombreux individus ont décidé de boycotter la marque Nike en brûlant certains produits ornés du fameux logo. Cette campagne de publicité aurait entraîné une baisse de 2% du cours de l’action  Nike.

 

UN MESSAGE POUR TOUS LES ASPERGERS

Gabriel, élève de 1ère, Caracas  

 

 Je m´appelle Gabriel et je suis élève en seconde au Lycée Français de Caracas. Au mois de juin, j´ai eu la chance de voyager en Chine avec ma classe. Mes professeures et le proviseur étaient inquiets face aux possibles risques du voyage : ils ne connaissaient pas mes capacités d’adaptation ni de relations avec les autres. Ils avaient peur de ma réaction sur certains changements radicaux comme le changement d´horaire et principalement la nourriture.

 

Maintenant je vais vous raconter mon expérience et la leçon finale :

Grâce à un effort financier considérable de la part de ma famille, la décision finale prise avec le Lycée, ma psychologue Anny, mes parents et les professeures, a été de voyager avec un accompagnant.

Le jour du voyage, j´avais du stress positif comme disait ma prof de math :   deux aéroports, deux vols, je me suis senti extrêmement bien.  Les premiers jours, il n’y a eu aucune situation inconfortable : dans la chambre avec mes copains Jean et Suviehl, c’était super. Nous nous levions très tôt pour être les premiers au petit déjeuner.

A certains moments, je me suis senti mal à l’aise : en allant au temple de Shaolin, un évènement m’a mis dans une situation un peu sentimentale et je me suis senti triste. Un autre soir, dans le train, ma mère et moi nous avons eu un petit problème avec des voyageurs chinois, c’était stressant. En plus, pendant le spectacle des lumières j´étais « super inconfortable » pour un petit changement d´horaire. Je me suis dit à ce moment : « Je suis en Chine, je suis ici grâce à ma persistance et ma motivation et tout le soutien de ma famille, de mes enseignants et de mes amis et je dois trouver moi-même des solutions ».  Je dois remercier particulièrement une copine que s´appelle Sophie D. pour sa compagnie. De plus, c’est grâce à elle j´ai pu manger des fruits et des légumes pour la première fois : avant, je ne le faisais pas !

 

A tous les Asperger, je dis :

« Ne croyez pas que votre don soit un obstacle, vous pouvez faire quoi que ce soit avec de la motivation, de la persévérance  et surtout une bonne équipe de travail. Rappelez-vous ce qu’a dit Hans Asperger : vous avez un don dont vous devez profiter au maximum ! »

Cartagena de Indias, la ville des inégalités extrêmes

Judith Parenti, Bogotá 

 

Cartagena de Indias est une ville portuaire située sur la côte caraïbe colombienne. Elle est réputée par la beauté de son centre historique, la “Ciudad Amurallada”, et son agréable climat tropical, chaud et venteux, attirant les touristes. Cartagena de Indias est la capitale de la province de Bolívar, et compte plus d’un million d’habitants. Les principales activités économiques de Cartagena de Indias comprennent l’activité portuaire et maritime, l’industrie pétrochimique et le tourisme.

 

 

 

 

 

 

 

 

Cartagena, destination de rêve prisée par les touristes du monde entier…

Cartagena de Indias est un des joyaux touristiques de la Colombie. Classée au patrimoine de l’humanité par l’UNESCO, elle accueille aujourd’hui plus de deux millions et demi de visiteurs, en croissance de 10% cette année, notamment grâce aux accords de paix avec les guérillas comme les FARC, qui ont permis à la Colombie de s’ouvrir davantage au tourisme. La fréquentation des paquebots de croisière est également considérable, plus de 200 paquebots y accostent chaque année, chacun déversant 2 000 touristes dans la ville. Des célébrités telles que Shakira ou même Donald Trump s’y rendent en vacances.

 

La ville possède un centre historique extrêmement bien conservé, fondé au XVIe siècle, appelé la “ciudad amurallada” (la cité emmurée), caractérisé par ses places, ses rues pavées et ses bâtiments de style colonial colorés, où les touristes se promènent et jouissent de la beauté des lieux, des meilleurs restaurants, tel que le “Café del Mar”, connu pour son coucher de Soleil spectaculaire. Les magasins sont aussi nombreux, et les commerçants ambulants sillonnent les rues étroites.

Rue typique de la Ciudad Amurallada                           Coucher de soleil au Café del Mar

A l’Ouest du centre historique, se trouvent les quartiers modernes (Bocagrande, el Laguito, Castillogrande). les grattes ciels, longés de longues plages couverte d’un sable légèrement grisâtre, offrent une skyline qui n’a rien à envier à Miami ou Cancun.   C’est cette partie de la ville qui contient les principales infrastructures touristiques telles que les hôtels, boutiques, restaurants et discothèques. L’eau chaude de la mer en fait une destination idéale pour profiter de la plage.

C’est aussi dans ces quartiers touristiques que la classe aisée de Cartagena a élu résidence.

Les appartements y sont spacieux et confortables dans les condominiums avec climatisation, piscines, salles de sport et autres installations privilégiées reflétant leur richesse et leur prestige.

                           Quartier de Bocagrande

 

Cartagena de Indias, une ville si paradisiaque? 

La plage, les bars luxueux, les piscines privées, les restaurants de haute gastronomie, les promenades dans le centre historique impeccablement conservé … que désirer de plus? Cartagena c’est le paradis, non?

Et bien pas vraiment. Il y a une autre réalité cachée et ignorée des touristes. Cartagena est en effet une des zones les plus pauvres de la Colombie. Ce contraste saisissant remet sérieusement en question l’image paradisiaque de la ville.

Cartagena est la deuxième ville colombienne comptant le plus haut taux de pauvreté monétaire. La zone misérable couvre 40% de la ville  et concerne 40% de la population, qui Une grande partie de la ville est misérable, les habitants y vivent  dans des conditions déplorables, sans accès à des services publics efficaces, et où l’hygiène est très mauvaise. Cette situation est totalement inacceptable.

Dans ces secteurs misérables, les habitants n’ont pas accès à l’eau potable, ils n’ont aucun système sanitaire efficace, ce qui les oblige à faire leurs besoins dans la rue, attirant les rats, les moustiques, et donc forcément les maladies. La nourriture se fait également rare. Nombreuses sont les personnes, notamment les enfants, qui sont dans des états rachitiques. Les maisons sont misérables et extrêmement rudimentaires: les matériaux utilisés sont généralement issus des poubelles et des matériaux retrouvés dans la rue. Les murs sont très peu solides, et lors de fortes pluies les habitants sont obligés de couvrir leurs maisons de sacs plastiques pour éviter des inondations ingérables.

 

Et encore, il faut ajouter à cela les zones pauvres, qui n’arrivent pas au point d’être misérables. Il est intéressant de préciser que, en Colombie, une maison considérée comme extrêmement pauvre/misérable est une maison où vivent 4 personnes, qui reçoivent moins de 408 mille pesos par mois (=116 Euros).

Un documentaire, “Cartagena pa’ entro” a été réalisé afin de dénoncer ces inégalités. Ce documentaire contient de nombreux témoignages, dont celui d’un jeune de 20 ans, Luis Eduardo Guerra, chanteur de hip hop. Il vit avec sa femme, ses deux enfants et sa belle-sœur, dans une maison misérable qui ne contient que quelques matelas par terre et un éventail.  Leur nourriture quotidienne se résume à des œufs et des “platanos verdes”. Il déclare que son objectif est de récolter entre 10 et 15 mille pesos par jour, dans le meilleur des cas, afin de faire subsister sa famille.

 

Ces inégalités ne se font pas seulement remarquer sur le continent, mais également sur les îles entourant Cartagena. L’île Tierra Bomba en est un parfait exemple.

Ci dessus, nous pouvons voir la partie misérable de Tierra Bomba, pleine de déchets, de saletés et d’habitations déplorables.

Ci dessous, nous voyons l’autre côté de l’île: une belle station balnéaire aménagée, propre et riche, qui accueille les touristes.

 

Impressionnant contraste, n’est-ce pas? Et bien malheureusement, il ne s’agit que de la triste réalité de Cartagena, et de la côte Caraïbe en général, Santa Marta, par exemple offre  des conditions assez similaires à celles de Cartagena.

 

 

L’isthme du Darien…un nouveau couloir migratoire en Amérique (2/2)

Louis G.K. Ferrand, Bogotá  

 

Les passeurs nommés « les coyotes » sont souvent d’anciens guérilleros ou paramilitaires reconvertis dans des activités criminelles. Plusieurs cartels colombiens sont impliqués dans ces entreprises de passeurs, dont ceux de Medellin ou de Cali, historiquement déjà présents dans la zone. La Colombie est le plus gros producteur de cocaïne et les différents acteurs mafieux font passer cette marchandise illégale par cette frontière très peu surveillée. Le but des mafieux est d’atteindre plus facilement les marches européens et d’Amérique du Nord par les ports panaméens moins surveillés que les ports colombiens. C’est aussi un itinéraire classique pour les armes amenées en Colombie mais également en Amérique Latine.

Pour les différents acteurs criminels de la région, le passage des migrants représente aussi une manne financière non négligeable. Le prix d’un passage illégal entre les deux frontières est estimé de 600 à 800 dollars par personnes. Près de 38 000 personnes seraient passées en 2017 selon les douanes du Panama, leur nombre serait en constante augmentation.

Les migrants les plus nombreux sont de nationalité cubaine, bangladeshi ou haïtienne. Il existe aussi de nombreux migrants venant d’Afrique et d’Asie mais nous ferons seulement le trajet type d’individus de ces trois nationalités pour mieux comprendre pourquoi ils passent par le bouchon du Darien.

Concrètement, un migrant de nationalité Cubaine ou Haïtienne peut légalement entrer au Pérou ou en Équateur sans visa. C’est le moyen le plus facile pour accéder au continent américain et c’est alors le début d’un long périple vers l’Amérique du Nord. Un indien ou un Bangladeshi peut se rendre au Brésil sans visa. D’autres pays comme la Bolivie ou l’Équateur ne demandent pas de visa pour rentrer sur leurs territoires. Ces pays servent pour ces migrants de point d’entrée sur le continent américain.

En Amérique latine, il semblerait que plus la nationalité déclarée lors d’un contrôle de police est exotique (venant de très loin), plus les policiers se trouvent embarrassés et laisseraient facilement passer les migrants interrogés. De nombreux haïtiens se font souvent passer pour des africains francophones grâce à la proximité de la langue créole avec le Français. Cette parade leur permet de traverser plus facilement la frontière panaméenne car le gouvernement de ce pays a totalement interdit l’accès illégal aux citoyens haïtiens qui sont dès lors systématiquement renvoyés dans leur pays d’origine.

La grande crainte du migrant illégal est d’être soumis à des contrôles dans la rue ou lors de l’enregistrement de leur identité en accédant dans des camps de migrants aux passages des frontières. Dans ce dernier cas, ils peuvent alors donner une fausse identité du fait que nombreux d’entre eux voyagent sans papiers. L’attitude du gouvernement panaméen semble être de plus en plus dure et répressive avec notamment une militarisation de son service de contrôle des frontières (SENAFRONT), l’incarcération administrative et arbitraire de migrants illégaux dans des camps de transit et un recours de plus en plus fréquent au refoulement vers la Colombie via des voies maritimes. Outre les dangers physiques, cet exode coûte très cher aux migrants, environ 4800 dollars par personne pour rejoindre le Mexique depuis Turbo en Colombie. La plupart ont tout vendu et abandonné dans leur pays d’origine pour acquérir la somme nécessaire. Ils sont prêts à tout pour rejoindre le pays de leurs rêves : les États Unis ou le Canada. L’Europe qui a durcit ses frontières apparait de plus en plus comme une forteresse impossible à atteindre.

Pour information :

Le cout moyen d’une traversée illégale de la mer méditerranée des côtes libyennes aux côtes italiennes s’élèverait selon les autorités italiennes entre 4300 à 6700 Euros, soit plus cher que l’itinéraire Darien/ Usa.

On assiste enfin à une hausse particulièrement importante du nombre de cubains traversant cette frontière, car nombreux sont les Cubains qui souhaitent profiter des aides préférentielles encore en vigueur pour leur installation aux États-Unis. Cette aide est cependant compromise dû au réchauffement diplomatique entre les deux anciens grands ennemis.

 

Les différents flux de migrants à travers le monde ont systématiquement apporté des changements et parfois même causé des problèmes au sein des pays qu’ils traversent. En France, les médias mettent régulièrement en exergue les conflits d’intérêts posés par les flux des migrants économiques fuyant l’Afrique subsaharienne pour la plupart et les demandeurs d’asiles syriens fuyant l’Asie mineure. A ces flux il convient d’ajouter un nombre de plus en plus élevé de Yéménites fuyant leur pays en proie à une guerre civile depuis mars 2015.

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