Archives de Catégorie: Société

Le Dialogue de Trianon

Louis G.K. Ferrand, Bogotá  

 

Le dialogue de Trianon est un forum franco-russe qui a pour but de permettre et de faciliter le dialogue entre les jeunesses russes et françaises, les acteurs économiques ainsi que culturels, mais également les personnalités politiques. L’intérêt pour ses organisateurs est qu’il permet un rapprochement entre les deux pays. Le Dialogue comme forum de coopération a l’avantage majeur pour ses membres de permettre de surmonter les incompréhensions qui existent entre les deux nations et ,qu’en quelque sorte, ces échanges permettent de faire progresser une amitié Franco-Russe plus forte. Le dialogue de Trianon ou forum de coopération franco-russe est né le 29 mai 2017 à Versailles lors d’une visite présidentielle de Vladimir Poutine. C’est pendant celle-ci qu’il rencontra le président Emmanuel Macron. A l’origine une initiative de la France, la Russie a très rapidement accepté d’être partie prenante de cette organisation.

 

 

Les objectifs principaux sont donc de permettre aux sociétés civiles Françaises et Russes de s’ouvrir l’une à l’autre et dans ce but, chaque année, les jeunes des différents pays sont invités à s’entretenir et à échanger sur une thématique choisie par un conseil binational de coordination du dialogue. Le thème actuel est celui de la « ville du futur ».

Présidé à part égale par un co-président russe, Anatoly TORKUNOV et un co-président français Pierre MOREL le conseil de coordination du dialogue est composé de trente membres. 15 membres pour chaque nationalité et parmi elle, on y retrouve des personnalités françaises de renom comme Claudie Haigneré ancienne spationaute et actuelle ministre de la recherche ou le directeur général de Total, Patrick Pouyanne. Du côté russe, il y a également des personnalités comme la directrice du musée Pouchkine, Marina D. Lochak ou le directeur du conseil d’administration du groupe ADV (groupe spécialisé dans l’audiovisuel – au chiffre d’affaires de 500 millions de dollars en 2016).

L’objectif majeur est de représenter les différentes composantes de la société civile des deux pays : professeurs, ingénieurs, entrepreneurs, diplomates, artistes et personnalité du monde de la culture…

A la fin de l’année dernière, la crédibilité du dialogue de Trianon a été fortement renforcée par une déclaration commune datée du 27 novembre 2018. Les deux ministres des affaires étrangères Français, Jean Yves le Drian et Russe, Sergeï Lavrov ont réitéré leur attachement à ce forum et leur volonté commune d’accentuer les échanges de toute sorte entre les deux pays.

DOSSIER SPÉCIAL DIXIÈME ANNIVERSAIRE 2009-2018

  Dix ans en Amérique : États Unis 

 

Esfandyar Sadrieh, Nayla Osseiran, élèves au Lycée Rochambeau, Washington DC

 

 

Injustice raciale: Une épidémie américaine!

Rashon Nelson et Donte Robinson, deux Africains-américains, attendaient dans un Starbucks à Philadelphie quand ils se sont fait arrêter par la police sans raison valide (la police ayant été appelé par un salarié de l’enseigne). Ce n’est pas la première fois que ce type d’incidents se déroule aux États-Unis. En réaction, et face au tollé qu’il a provoqué, Starbucks a décidé de proposer une formation d’une journée à ses vendeurs (l’ensemble des Starbucks restant fermés), pour éviter la répétition d’événements de cette nature.

 

Racial injustice, an american epidemic!   Arrest of Rashon Nelson and Donte Robinson in a Philadelphia located  Starbucks

Rashon Nelson and Donte Robinson, who were friends since the 4th grade, were waiting patiently and unnoticeably at Starbucks in Philadelphia for a business meeting. After asking them if they needed help, a worker at the coffee shop called the police when they had not bought anything and they were soonly arrested.

The arrest of these two african american men in a Starbucks located in Philadelphia arose controversy in the United States about racial profiling that has been seen before. Soon after the incident, the company closed 8000 of its stores around the country to train the staff on avoiding racial bias. The white Democratic mayor, Jim Kenney, said what happened at the Starbucks “appears to exemplify what racial discrimination looks like in 2018”. The black police commissioner, Richard Ross, said in a Facebook post that the arresting officers “did absolutely nothing wrong” adding that Nelson and Robinson were disrespectful to the officers.

 

This event was not the first time an incident of this magnitude has occurred. Racial bias is one the biggest problems in the United States. Many businesses around the states have owned up to having had staff behave inappropriately towards african americans and other races. However, this episode is the first time it had happened in a company of this size in recent years.

The video of the two individuals surfaced around the internet and the event made national headlines. This was another reminder to the people about the discrimination that people of color go through on a daily basis. These kinds of acts occur in many different situations such as the murders of young black males such as Philando Castile by white police officers.

 

Rashon Nelson and Donte Robinson got into contact with different news outlets such as the Associated Press and they did their first interview since the marking experience. By consequence, this incident became a political scandal.

 

Robinson was worried about his loved ones and how the afternoon had taken such a drastic turn as he was put in jail. Nelson was worried if he would make it home alive, fear and anxiety were overtaking them as they just faced racial injustice.

 

This event sparked a change in Starbucks’ company, the hiring standards changed and they realized they needed to diversify the staff in order broaden their horizons and to have the different cultures of the new people influence the staff and influence the stores environments.

 

The two victims wanted to take advantage of this matter and use their voices to positively impact the community. The men ask aid the city of Philadelphia. To donate 200,000 dollars to a program for high school students seeking to become business entrepreneurs. The two also took part in the training that was provided by Starbucks when dealing with racial biases. Starbucks also offered to help Robinson and Nelson take courses to finish and obtain their Bachelor’s degree.

The city of Philadelphia has also called upon the individuals to take part in programs that promote equality and eliminate racial bias.

 

This incident is just one of many that affects the United States as a nation , 13,4%, of the population (statistics from the U.S. census) to feel unsafe around law authorities or even in public areas in general. Taking place in such major coffee shop chain, it caused Starbucks and the victims to try to make change. Multiple celebrities spoke up and gave their opinions and publicized this recurring issue of racial bias.

Dossier spécial dixième anniversaire 2009-2018

  Dix ans en Amérique : États-Unis 

 

Apollinaire GIRES, élève de Terminale, Washington D.C.

 

Et si la société américaine était toujours ségréguée ?

 

« I have been to the mountaintop ». Ces quelques mots sont issus du dernier discours de Martin Luther King Jr. à Memphis, la veille de son assassinat. Ce « sommet », que le pasteur américain disait avoir aperçu, représente la fin d’une sombre période de l’histoire des États-Unis: la ségrégation. Mais ce phénomène est-il vraiment révolu…?

Un afro-américain utilisant une fontaine assignée aux personnes de couleur durant la ségrégation.

(source: Wikipedia Commons)

 

En quoi consistait la ségrégation raciale aux États-Unis ?

 

En 1865, l’Union d’Abraham Lincoln ressort vainqueure de la Guerre de Sécession. Ainsi, l’esclavage est aboli dans l’ensemble du pays. Par ailleurs, pour garantir le bien-être des populations afro-américaines, A. Lincoln décide le déploiement de troupes dans les anciens états confédérés. Commence alors une période prometteuse pour les familles d’anciens esclaves. En effet, celles-ci acquièrent de nouveaux droits et un statut meilleur, ce que souligne l’élection du premier homme noir au Congrès en 1870.

Cependant, en 1877, l’armée se retire des états du Sud. Le siècle qui a suivi a été marqué par les lois de ségrégation surnommées « Lois Jim Crow ». Ces lois étaient supposément fondées sur le principe de « séparés mais égaux », ce qui signifierait que les blancs et les noirs doivent posséder les mêmes droits sans coexister. Néanmoins, dans les faits, les populations noires étaient fortement discriminées. Par exemple, en Alabama, une loi précisait qu’ « aucune personne ou société n’exigera de n’importe quelle infirmière féminine blanche de travailler dans les salles d’hôpitaux, publics ou privés, dans lesquels des Noirs sont placés. »

Bien heureusement, sous la pression des mouvements sociaux de lutte pour les droits civiques, la Cour Suprême américaine finit dans les années 1960 et 1970 par rendre toutes les lois favorisant la ségrégation inapplicables. Sur le papier, blancs et noirs retrouvaient donc enfin le même statut…

 

Pourquoi, en réalité, la société américaine est encore aujourd’hui ségréguée dans de nombreux domaines.

 

Le type de ségrégation moderne le plus facilement observable est la fragmentation spatiale. Prenons le cas de la capitale du pays: Washington, DC. Sa population est composée à plus de 47% d’afro-américains, un pourcentage plus important que celui d’habitants blancs. Pourtant, comme le révèle la carte de la répartition des populations dans la ville, ce sont eux qui résident dans les quartiers aisés du Nord-Ouest de la capitale. Les habitants noirs, quant à eux, sont repoussés vers les périphéries et les quartiers les moins aisés, notamment au Sud de la rivière Anacostia. De plus, la gentrification graduelle des quartiers excentrés de la ville ne fait qu’accentuer le repoussement des populations noires sous l’effet de la hausse des loyers… Il existe donc toujours aujourd’hui une ségrégation géographique aux États-Unis.

 

Carte(Source: Wikipédia): Répartition spatiale des différents groupes ethniques à Washington, DC.    

Les afro-américains occupent les    espaces en bleu, les  populations blanches les zones en  rouge.

 

 

De plus, les afro-américains et les blancs ne possèdent pas aux États-Unis les mêmes droits dans le domaine de la politique, et notamment sur le plan du droit de vote. Bien-sûr, la loi interdit aujourd’hui catégoriquement la discrimination des populations noires dans tous les secteurs. Cependant, on considère qu’aujourd’hui environ 4 millions de noirs américains en âge de voter ne peuvent pas le faire. Ceci est, entre autres, la conséquence de la « Guerre contre les drogues » entreprise par le gouvernement américain dans les années 1970. En effet, les trafics démantelés concernaient souvent les drogues les moins chères comme le cannabis et le crack qui touchaient plus particulièrement les populations moins aisées afro-américaines. De plus, toujours aujourd’hui, on estime qu’aux États-Unis un noir a treize fois plus de chances d’être arrêté par la police qu’un blanc (selon le Washington Post). Résultat: en 2018, 40% des prisonniers américains sont noirs, alors que les afro-américains de représentent que 13% de la population totale du pays. Or, dans beaucoup d’états américains, les détenus ne peuvent pas voter… Ainsi, en Alabama, au Tennesse ou en Virginie, environ 20% des afro-américains n’ont plus le droit de vote. Ceci peut avoir un fort impact sur les résultats des différentes élections.

 

Il existe, outre les domaines de la répartition spatiale et des droits juridiques, d’autres secteurs ségrégués. On peut citer par exemple la segmentation ethnique du marché du travail: il est plus difficile pour un afro-américain d’accéder à un poste de cadre que pour un travailleur blanc. Par ailleurs, les populations noires ne sont pas les seules victimes de ces formes de ségrégation modernes. En effet, les populations hispaniques et amérindiennes les vivent également.

Dossier spécial dixième anniversaire 2009-2018

  Dix ans en Amérique : États-Unis  

 

Oriane Badre, Annabelle Piot, Adèle Roulmann, Rita, élèves de Terminale, Washington D.C.

 

February 14th 2018, Washington DC : Students walk out for their safety

Photos prises lors de la manifestation du 14 février 2018 (Oriane Badre, Annabelle Piot et Adèle Roulmann figurent sur les images de gauche qui ont été diffusées sur les grandes chaînes)

Sources : ABC news et Jim Watson (photographe)

 

14 Février 2018. 6 minutes. 14 élèves et 3 encadrants morts par balle. 100 tirs en moins de 5 minutes : le school shooting de Parkland. Une fusillade au sein d’une école, une parmi plein d’autres aux Etats-Unis. La vie s’arrête. La rébellion commence.

Le 14 mars 2018, les élèves du Montgomery County, dans l’Etat du Maryland, engagés dans la lutte contre le port d’arme à feu, sortent de classes, dans les rues de la capitale politiques  pour manifester de la Maison Blanche jusqu’au Capitole. Nous, auteures de cet article, nous y sommes rendues, ainsi qu’une quarantaine d’autres élèves engagés du Lycée Rochambeau se sont joints à des milliers d’autres élèves  pour manifester à Washington DC au total pour des régulations du port d’armes à feu aux États Unis. Nous avons utilisé notre voix, la voix de la nouvelle génération opposée à la vente libre d’armes à feu. Nous avons dit STOP, nous avons dit ENOUGH (ASSEZ).

STOP au fait révoltant que les armes à feu soient davantage protégées que les élèves. STOP au lobbying de la National Riffle Association opposée à toutes formes de régulations du port d’armes à feu aux États Unis. STOP aux mentalités protectrices envers les armes à feu qui sont censées garder le pays en sécurité.

Dossier spécial dixième anniversaire 2009-2018

  Dix ans en Amérique : Mexique 

 

Daniel Kessler & Juan Pablo Rosado, élèves de Terminale, Mexico

 

La Ferme des Animaux Roses : la bataille contre l’inégalité au Mexique

 

À cause du harcèlement qui ne cesse d’augmenter, le gouvernement mexicain a mis en place des wagons exclusifs pour les femmes  dans le métro afin de réduire le harcèlement sexuel dans les transports publics.

 

La ferme des animaux d’Orwell montre une société dont le désir de se révolter finit par les condamner. Pour combattre une hausse de harcèlement sexuel dans le métro, le gouvernement a développé en 2004 les “wagons roses” : des wagons exclusifs pour femmes, enfants, personnes âgées et handicapés, dans le métro de la capitale. Ainsi, une multitude de wagons roses furent installés dans 6 différentes lignes du réseau métro mexicain. Cette brusque réponse a été un acte de désespoir pour se révolter contre le harcèlement qui exerce un “régime totalitaire” dans le métro. Le pays est, suivant la métaphore d’Orwell, une ferme oppressée par le règne de son fermier : le harcèlement. Dans cette représentation caricaturiste de la réalité l’auteur nous avertissait que certaines transformations sociales entraînent des conditions encore plus mauvaises qu’auparavant. Dans notre ferme, les wagons roses symbolisent une révolution, l’effort du peuple pour se libérer. La Révolution arrive : c’est la chasse du fermier, la séparation hommes-femmes. Par conséquent, les wagons roses sont une politique de désespoir qui tente d’éliminer la violence sexuelle dans le métro. Or, comme dans le roman, les cochons peuvent profiter de la situation et s’emparer de la ferme ; les wagons roses peuvent ne pas être entièrement efficaces et le harcèlement et la violence menacent de subsister.

                           Projet d’un vagon rose (vagón rosa) dans la ville de Mexico – photo CC BY

 

COMMENT EST-CE QUE LE MACHISME EST ARRIVÉ AU MÉTRO ?

Le machisme n’est pas une nouveauté dans le monde. Historiquement les hommes ont toujours traité les femmes injustement. Le machisme est encore une maladie internationale . D’après la Banque Mondiale, 70% des femmes dans le monde ont déjà été victimes d’un acte de violence. Au Mexique,  le pays est aujourd’hui en 4ème place pour le risque de violence sexuelle contre les femmes, d’après une étude du Huffington Post. Notre société trouve ses racines du machisme lors de l’évangélisation au XVIème siècle. La  religion catholique imposait la prédominance masculine. En exemple, une citation de Saint Paul « Femmes, soyez soumises à vos maris, comme au Seigneur, parce que le mari est le chef de la femme ». Pour Aída Cerna, membre du Réseau des Réappropriations du Mexique, le machisme s’intègre dans la société Mexicaine dès l’éducation primaire. « L’inégalité entre hommes et femmes est implémentée dès l’éducation primaire. Les stéréotypes d’hommes et femmes sont définis très tôt. De plus, la socialisation Mexicaine montre que les femmes peuvent être harcelées sans conséquence. », selon l’activiste. Le machisme est une réalité quotidienne,   » où la violence contre les femmes est quelque chose de normal », ajoute-t-elle. Au lieu de combattre le machisme et le harcèlement, nous nous sommes habitués à la violence. Le harcèlement est donc devenu de plus en plus public : 9 sur 10 femmes utilisant le transport en commun ont déjà vécu du harcèlement sexuel dans la capitale du Mexique. Dans une ville de presque 9 millions d’habitants,  les 4.4 millions d’usagers par jour du métro s’entassent dans les wagons dont la capacité supposée ne dépasse pas le million. Ceci facilite davantage la violence sexuelle. Le machisme est donc une dictature dans la société mexicaine que le gouvernement a longtemps ignorée et négligée. Aujourd’hui, la ferme est asservie, elle est enchaînée dans la prison d’un régime machiste. Le désir de révolution est partagé par les milliers de femmes souffrant du harcèlement.

 

LA SÉPARATION EST- ELLE UNE SOLUTION EFFICACE ?

L´après veille de la révolution entraîne des conséquences diverses. Quelques unes montrant les bienfaits de l’installation des wagons roses, les autres mettant en évidence les origines du problème. D’une part, les wagons roses ont  diminué considérablement le risque de harcèlement homme-femme. Il y a eu une réduction de 26% des agressions sexuelles dans le métro grâce aux wagons roses. Aída Cerna nous explique qu’en outre « quand une femme rentre dans un wagon rose elle se sent beaucoup plus sûre. Psychologiquement c’est très positif pour la morale des femmes ». Il est donc évident que les wagons roses produisent des résultats positifs que le peuple, notamment les femmes, approuve. Logiquement, si les hommes et les femmes sont séparés, les hommes auront moins de possibilités d’agresser sexuellement les femmes. Mais les animaux ne peuvent pas ignorer que des menaces persistent. Le harcèlement existe toujours.  Cette séparation n’est pas une solution viable à long terme. Les wagons roses ne peuvent pas réaliser un changement structurel de culture, de croyances et de mentalité qui sont si profondément intégrés dans notre société. Les wagons roses n’éduquent pas mais mettent seulement en évidence des fortes inégalités présentes dans notre société.

La séparation a légèrement réduit la violence mais elle n’a pas changé le comportement des hommes ni celui des femmes. Il faudrait donc changer la mentalité de la société, en commençant par l’éducation et la redéfinition des valeurs. Pour Aída Cerna « la séparation dans les transports en commun n’est pas une solution permanente. Quand le comportement des hommes change on retournera à la vie d’une société normale. ». L’espoir existe donc, le Mexique est un pays qui est entrain de se moderniser. Les inégalités dans le travail et la politique se réduisent. Par exemple : en 2003 les femmes ne représentaient que 20% du sénat et de la chambre de députés respectivement. Aujourd’hui les femmes représentent presque 50% du congrès. Il y a du progrès quant à la réduction des écarts d’inégalité et ainsi que celle de la discrimination contre les femmes. L’objectif à atteindre est d’apprendre à l’homme et à la femme comment vivre ensemble dans la société Mexicaine.

Dossier spécial dixième anniversaire 2009-2018

  Dix ans en Amérique : Mexique  

 

Noura Alvarado et Aitana Gudiño, élèves de Terminale, Mexico

 

Ayotzinapa, le cas qui tourmente tout un pays

Le nouveau président mexicain Andrés Manuel Lopez Obrador ouvre une nouvelle enquête sur le cas des 43 étudiants disparus à Iguala en 2014 dans l´État de Guerrero.

 

Tout mexicain attend une réponse claire, concise et logique, tout mexicain veut faire justice, tout mexicain souhaite recevoir ce qui n’a pas été accordé lors du mandat du président sortant Enrique Peña Nieto. Pour la journaliste Anabel Hernàndez, auteure de La verdadera noche de Iguala (2016), aucun pays ne peut continuer sans connaître la vérité à laquelle les victimes et la société ont le droit d’accéder. Les faits passés à Iguala nous obligent à réfléchir sur le moment que le Mexique vit aujourd’hui.”

Les 43 disparus d’Ayotzinapa rejoignaient la manifestation pour commémorer le massacre de Tlatelolco, quartier de la ville de Mexico où de nombreux étudiants furent assassinés par les forces de l´ordre dans le cadre du mouvement étudiant de 1968. Comment la commémoration d’un tel massacre a pu conduire à un nouvel assassinat d’étudiants?

Quatre années se sont écoulées et plusieurs théories ont été proposées sans qu’aucune ne parvienne à convaincre les familles des victimes et le peuple mexicain. Une seule certitude, les autorités mexicaines ont bien joué un rôle aux côtés des trafiquants de drogue dans ce massacre.

Marche pour les 10 mois sans les normaliens de Ayotzinapa, le 26 juillet 2015, photo by PetroHSW / CC BY

 

« Une commission de la vérité »

Dans son discours d’investiture, le 1er décembre 2018, le nouveau président du Mexique, Andrés Manuel Lopez Obrador (dit AMLO), a confirmé sa promesse de campagne en annonçant la création d’une « commission de la vérité » pour résoudre le cas des 43 étudiants. Deux jours plus tard, AMLO signe le décret consacrant cette commission d’investigation composée des parents des étudiants, de membres du gouvernement, d’experts et de techniciens. Les différents secrétariats ont 30 jours pour définir le budget alloué afin de pouvoir commencer les enquêtes le plus tôt possible. « Nous n’avons plus confiance en personne, mais nous avons un peu d’espoir que vous soyez davantage humain », lui a dit Maria Martinez, mère d’un des étudiants disparus, selon les journalistes de l’Agence France-Presse (AFP), présents à la signature de l’accord. Serait-ce lui le nouvel “héros” du peuple mexicain, celui qui amènera la réponse que tout le peuple attend et exige?

                           Campagne d’affichage du gouvernement de l’État de Guerrero en hommage

                            aux 43 étudiants disparus. #Jusquàlesretrouver

 

Une version officielle contestée

La commission devra revoir la version officielle qui n’a jamais convaincu le peuple mexicain. Dans la nuit du 26 au 27 septembre 2014, les étudiants de l’école normale rurale d’Ayotzinapa, qui avaient mobilisé cinq autobus pour aller manifester à Mexico, auraient été attaqués par des officiers de la police municipale d’Iguala, sur ordre du maire, avant d’être livrés au cartel des Guerreros Unidos (guerriers unis), qui les aurait confondus avec un cartel rival et les aurait tués, avant d’incinérer leurs corps dans une décharge. Dès 2015, un groupe d’experts de la Commission interaméricaine des droits de l’homme (CIDH) a contesté cette version et réclamait que de nouvelles pistes soient explorées. En mars dernier, un rapport du  haut commissaire aux droits de l’homme de l’Organisation des Nations unies (ONU), Zeid Ra’ad al-Hussein, avance que durant l’enquête sur ce massacre des actes de torture ont été « commis, tolérés et couverts » par les autorités mexicaines. Le rapport demande que tous les éléments d’enquête obtenus sous la torture soient considérés comme nuls et retirés du dossier. La nouvelle commission aura pour rôle de répondre aux inquiétudes du peuple mexicain et à la méfiance des observateurs internationaux. La mission s’avère délicate car le cas des 43 disparus cristallise les doutes de toute une nation. Pour cela, la commission s’engage à une transparence totale sur toute avancée de l’enquête.

La nation mexicaine attend que cette initiative du président apporte des réponses et puisse enfin tranquilliser les familles des victimes. Certains restent encore sceptiques sur sa démarche mais  si AMLO atteint son objectif, cette quête de vérité représentera surement une des images marquantes de son mandat.

Dossier spécial dixième anniversaire 2009-2018

  Dix ans en Amérique : Mexique  

 

Luna TOTO-BROCCHI et Renata MAROTO, élèves de Terminale, Mexico

 

Acapulco, un paradis au bord du gouffre

La ville balnéaire mexicaine n’est plus qu’un rêve envolé. Face à la montée des violences et du crime organisé, de nombreux touristes internationaux l’ont désertée.

 

« Jesús Arenas, directeur de la police des autoroutes, exécuté devant sa femme dans un restaurant d’Acapulco », titrait le journal La Reforma, le 4 mai 2018. C’est ce type de faits-divers que l’on retrouve fréquemment dans cette station balnéaire de l’État de Guerrero. Et c’est pourtant grâce à elle que cet état va connaitre son apogée touristique en 2008 avec plus de 7 millions de visiteurs. Mais depuis dix ans, la ville s’est enfoncée dans une violence extrême entretenue par les différents clans de narcotrafiquants qui souhaitent contrôler la ville.

                                            Coucher du soleil sur la baie d’Acapulco, photo CC BY

 

Nous sommes loin de l’époque où « la perle du Pacifique » accueillait le tournage en 1947 de La Dame de Shanghai ou la lune de miel des époux Kennedy en 1953. Réservée à l’élite, la ville s’ouvre progressivement au tourisme de masse à partir des années 1960. Acapulco connait une grande expansion et apparait comme la vitrine du tourisme au Mexique. Aujourd’hui, la situation a bien changé. En 2017, Acapulco recensait 917 assassinats, soit un taux d’homicides de plus de 106 pour 100 000 habitants, ce qui lui octroie la funeste troisième place des villes les plus violentes du monde, d’après le classement de l’organisation non gouvernementale mexicaine, Consejo Ciudadano para la Seguridad Pública y la Justicia Penal (CCSPJP). En moins de dix ans la ville côtière a perdu plus de 40% de ses visiteurs, d’après les statistiques du secrétariat au tourisme du Mexique. Et ce n’est plus un tourisme international comme auparavant, en 2017, 90% des visiteurs étaient mexicains, d’après la même source. Selemen, ex-associé de la discothèque El Alebrije, nous explique qu' »il n’y a plus de sécurité et les narcos prennent tout le pouvoir, les prix baissent et la pauvreté augmente et cela se ressent fortement ». Après 30 ans de service, en 2015, son établissement réputé a dû fermer car il lui devenait impossible de poursuivre dans ces conditions.

 

La montée du crime organisé

Le Guerrero est, au côté du Morelos et de la Baja California, un des États les plus dangereux du Mexique en termes d’homicides, d’exécutions et d’enlèvements, selon une enquête de l’association mexicaine Semáforo delictivo nacional réalisée en 2018. De nombreuses ambassades étrangères, comme celles de la France ou des États-Unis, recommandent même de ne plus y aller.

On peut lire sur le site de l’ambassade française que “les disputes territoriales du crime organisé provoquent une vague de délinquance dans l’État de Guerrero. Il est recommandé d’éviter les villes d’Acapulco, Chilpancingo et Ixtapa-Zihuatanejo”. Son homologue américaine indique quant à elle, dans son dernier message en date du 25 septembre 2018 : “ Alerte à la sécurité – Les forces fédérales remplacent la police municipale à Acapulco”.

 

Comment ce lieu de vacances mondain est devenu un territoire gouverné par les narcotrafiquants?

L’État de Guerrero est sous le contrôle de deux grands cartels de la drogue : les Guerreros Unidos (les guerriers unis) et Los Rojos (les rouges). Mais à Acapulco, la situation est bien plus complexe car de nombreux cartels souhaitent en prendre le contrôle ce qui cause une augmentation des assassinats entre bandes rivales mais aussi de nombreux dommages collatéraux sur les forces de l’ordre ainsi que sur les habitants de la ville et les touristes. Si la ville au début des années 2000 faisait moins parler d’elle, c’est qu’elle était entre les mains d’un seul cartel, celui des frères Beltrán Leyva. En 2008, l’arrestation d’Alfredo Beltrán Leyva, entame la désintégration du clan et incite les clans rivaux à s’emparer de la ville.  L’arrestation huit ans plus tard de son associé El Chapo, chef du cartel de Sinaloa, accentue la situation conflictuelle entre les clans qui pensent avoir la voie libre pour s’imposer dans ce port stratégique.

 

Un combat national

Les touristes étrangers ont délaissé Acapulco et ont migré sur la côte Atlantique dans la péninsule du Yucatan pour des villes telles que Cancún,  réputée pour les fameux Spring break qu’organisent les étudiants américains au début du printemps, ou encore Playa del Carmen, Tulum et Cozumel. Les visiteurs y ont trouvé la beauté des sites, le confort, mais aussi la sécurité. Si le nombre d’homicides est moins alarmant qu’à Acapulco, les cartels mexicains commencent à menacer la zone et les crimes sont en constante augmentation. Ces villes qui connaissent actuellement un essor touristique pourraient elles aussi connaitre le même sort que la « perle du Pacifique » et voir un jour les touristes repartir vers des localités plus sûres. C’est pourquoi, tant que la corruption perdure et que les cartels disposent d’un pouvoir si conséquent au Mexique, le tourisme restera un secteur lunatique avec une faible assurance de se construire sur le long terme. Le combat est donc national et c’est d’ailleurs le principal défi qui attend Andrés Manuel López Obrador, le nouveau président mexicain, qui s’est engagé à vaincre la corruption qui s’est institutionnalisée au Mexique à tous les niveaux depuis des décennies.

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