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L’isthme du Darien…un nouveau couloir migratoire en Amérique (2/2)

Louis G.K. Ferrand, Bogotá  

 

Les passeurs nommés « les coyotes » sont souvent d’anciens guérilleros ou paramilitaires reconvertis dans des activités criminelles. Plusieurs cartels colombiens sont impliqués dans ces entreprises de passeurs, dont ceux de Medellin ou de Cali, historiquement déjà présents dans la zone. La Colombie est le plus gros producteur de cocaïne et les différents acteurs mafieux font passer cette marchandise illégale par cette frontière très peu surveillée. Le but des mafieux est d’atteindre plus facilement les marches européens et d’Amérique du Nord par les ports panaméens moins surveillés que les ports colombiens. C’est aussi un itinéraire classique pour les armes amenées en Colombie mais également en Amérique Latine.

Pour les différents acteurs criminels de la région, le passage des migrants représente aussi une manne financière non négligeable. Le prix d’un passage illégal entre les deux frontières est estimé de 600 à 800 dollars par personnes. Près de 38 000 personnes seraient passées en 2017 selon les douanes du Panama, leur nombre serait en constante augmentation.

Les migrants les plus nombreux sont de nationalité cubaine, bangladeshi ou haïtienne. Il existe aussi de nombreux migrants venant d’Afrique et d’Asie mais nous ferons seulement le trajet type d’individus de ces trois nationalités pour mieux comprendre pourquoi ils passent par le bouchon du Darien.

Concrètement, un migrant de nationalité Cubaine ou Haïtienne peut légalement entrer au Pérou ou en Équateur sans visa. C’est le moyen le plus facile pour accéder au continent américain et c’est alors le début d’un long périple vers l’Amérique du Nord. Un indien ou un Bangladeshi peut se rendre au Brésil sans visa. D’autres pays comme la Bolivie ou l’Équateur ne demandent pas de visa pour rentrer sur leurs territoires. Ces pays servent pour ces migrants de point d’entrée sur le continent américain.

En Amérique latine, il semblerait que plus la nationalité déclarée lors d’un contrôle de police est exotique (venant de très loin), plus les policiers se trouvent embarrassés et laisseraient facilement passer les migrants interrogés. De nombreux haïtiens se font souvent passer pour des africains francophones grâce à la proximité de la langue créole avec le Français. Cette parade leur permet de traverser plus facilement la frontière panaméenne car le gouvernement de ce pays a totalement interdit l’accès illégal aux citoyens haïtiens qui sont dès lors systématiquement renvoyés dans leur pays d’origine.

La grande crainte du migrant illégal est d’être soumis à des contrôles dans la rue ou lors de l’enregistrement de leur identité en accédant dans des camps de migrants aux passages des frontières. Dans ce dernier cas, ils peuvent alors donner une fausse identité du fait que nombreux d’entre eux voyagent sans papiers. L’attitude du gouvernement panaméen semble être de plus en plus dure et répressive avec notamment une militarisation de son service de contrôle des frontières (SENAFRONT), l’incarcération administrative et arbitraire de migrants illégaux dans des camps de transit et un recours de plus en plus fréquent au refoulement vers la Colombie via des voies maritimes. Outre les dangers physiques, cet exode coûte très cher aux migrants, environ 4800 dollars par personne pour rejoindre le Mexique depuis Turbo en Colombie. La plupart ont tout vendu et abandonné dans leur pays d’origine pour acquérir la somme nécessaire. Ils sont prêts à tout pour rejoindre le pays de leurs rêves : les États Unis ou le Canada. L’Europe qui a durcit ses frontières apparait de plus en plus comme une forteresse impossible à atteindre.

Pour information :

Le cout moyen d’une traversée illégale de la mer méditerranée des côtes libyennes aux côtes italiennes s’élèverait selon les autorités italiennes entre 4300 à 6700 Euros, soit plus cher que l’itinéraire Darien/ Usa.

On assiste enfin à une hausse particulièrement importante du nombre de cubains traversant cette frontière, car nombreux sont les Cubains qui souhaitent profiter des aides préférentielles encore en vigueur pour leur installation aux États-Unis. Cette aide est cependant compromise dû au réchauffement diplomatique entre les deux anciens grands ennemis.

 

Les différents flux de migrants à travers le monde ont systématiquement apporté des changements et parfois même causé des problèmes au sein des pays qu’ils traversent. En France, les médias mettent régulièrement en exergue les conflits d’intérêts posés par les flux des migrants économiques fuyant l’Afrique subsaharienne pour la plupart et les demandeurs d’asiles syriens fuyant l’Asie mineure. A ces flux il convient d’ajouter un nombre de plus en plus élevé de Yéménites fuyant leur pays en proie à une guerre civile depuis mars 2015.