Archives de Catégorie: Colombie

QUEL AVENIR POUR LES “RECICLADORES” A BOGOTA?

Gabriela Hernandez et Laura Cardenas, Bogotá

 

Pour 300.000 familles colombiennes, les déchets représentent une des seules possibilités de survivre. La mise en place d’une filière de tri sélectif moderne menace de disparition l’activité des « recicladores » traditionnels.

En effet, en triant et ramassant les déchets, ils peuvent gagner quelques pièces par jour. Ce travail se fait en famille et il n’est pas rare que les plus jeunes enfants y participent. Les “recicladores”  doivent fouiller à la main en ouvrant les poubelles, parmi les déchets ordinaires ce qui est recyclable et pourrait être revendu. Cependant, c’est un travail dangereux et qui peut avoir de graves conséquences pour la santé, comme des risques de coupure, ou d’infection, mais aussi un risque d’accident de la route en tirant leurs charrettes à bras au milieu des voitures.

En parallèle, le gouvernement  commence à mettre en place un recyclage organisé en disposant des bacs de collecte dans les rues et en affectant des équipes professionnelles pour le ramassage. La modernisation arrive donc à grand pas, mais que vont alors devenir les familles de « recicladores » traditionnels ?

Bien que la Colombie soit l’un des pays d’Amérique latine où le recyclage des déchets a le plus progressé, le travail du “reciclador” n’est toujours pas suffisamment reconnu. En effet, depuis des années le mot de “reciclador” est associé, de manière réductrice, à une personne indigente, qui vit exclusivement des déchets.

Or le travail des “recicladores” ne doit pas être sous estimé. Ils ramassent environ 1 200 tonnes de déchets par jour, ce qui représente une activité d’une valeur supérieure à 354 millions de pesos par an. Le recyclage représente plus de 50% de la matière première utilisée dans certaines productions industrielles (plastiques, cartons), selon les chiffres l’Association nationale des Recicladores de Bogotá. Ils fournissent un flux constant de matériaux aux entreprises colombiennes de recyclage. Par exemple, les bouteilles en plastique peuvent servir à fabriquer des produits similaires, ou bien des vêtements.

Pour Silvio Ruiz, délégué de l’Association Nationale des “Recicladores”, même si la Colombie a progressé dans la politique sociale du “reciclador”, ils ne sont toujours pas suffisamment protégés. Les rémunérations au poids de déchets, versées par les entreprises de recyclage ne permettent pas des conditions de vie décentes pour les « recicladores ». C’est tout le problème d’une activité à faible valeur ajoutée.

D’un autre côté, Yadira Vivanco, coordinatrice de l’Initiative régionale pour le recyclage inclusif (IRR), a expliqué qu’il devrait exister une politique publique sur le recyclage inclusif: « Les politiques publiques doivent permettre l’inclusion des acteurs sociaux de cette activité, que sont les “recicladores” de base », car leur activité est très utile pour la société et pour l’environnement.

En 1991, la famille Padilla a décidé de créer une association de “recicladores” à Bogota. L’Association de “Recicladores” de Bogotá (ARB) a convaincu le gouvernement colombien d’adopter un système de gestion des déchets, mis en œuvre dans 12 villes colombiennes, et qui inclut des « recicladores », par exemple en les employant dans la filière institutionnalisée de collecte des déchets.

Cette initiative a également inspiré des mouvements de ramasseurs de déchets dans des pays comme l’Équateur, l’Argentine et l’Afrique du Sud.

Dans cette période de transition, les plus miséreux continuent de sillonner les rues en fouillant les poubelles, ou même en vidant les conteneurs de collecte mis en place par la ville.

Reggaeton !

Juan Soto, Bogotá 

 

Il y a quelques jours, la plateforme internet Youtube a publié la liste des 10 vidéoclips avec le plus de vues en 2018. Parmi ces vidéoclips, 8 chansons sont chantées en espagnol et “Te Boté remix”, interprétée par les portoricains Nio Garcia, Darell, Bad Bunny et Ozuna occupe la première place avec près d’un milliard et demi de vues, 400 millions de “J’aime” et plus de 400 000 commentaires.

 

Même si  des chansons comme “La Tortura” de Shakira ou “La Macarena” de Los del Rio, qualifiée selon Forbes comme la sixième chanson la plus célèbre de l’histoire, ont été écoutées partout quand elles sont sorties, c’est avec l’arrivée du Reggaeton que la musique en espagnol a connu son essor dans un monde qui aime de plus en plus le “Fast Food” musical.  Mais ce n’est pas seulement à travers la beauté du langage ou à l’accent « séducteur » des interprètes  que les chansons de reggaeton sont parmi les plus écoutées actuellement.

Le reggaeton, né à Panama dans les années 70, et adopté par les portoricains dans les années 90, inspiré d’un mélange entre le reggae, le rap et le dance hall, a été considéré pendant longtemps par la plupart des gens comme une musique vulgaire et peu élaborée. On pensait que ce genre interprété par des chanteurs sans aucun type de formation musicale et produit de manière rudimentaire allait disparaitre très rapidement. Cependant, au-delà d’une adaptation dans son contenu, qui devient de moins en moins vulgaire,  c’est grâce à sa simplicité musicale que le reggaeton a réussi à s’imposer et à attirer de plus en plus de public.

Tout d’abord, la base utilisée par le reggaeton, un “tresillo 3-3-2”, répété dans toutes les chansons, donne à la musique un rythme contagieux. Le fait que ce rythme n’a jamais changé à la base a fait qu’au cours du temps, à force de l’entendre une et autre fois, le public se soit habitué de plus en plus. Les chansons sont donc devenues plus faciles à assimiler et elles plaisent plus facilement. De plus, le mélange de cette base du reggaeton avec plusieurs styles musicaux peut plaire aux personnes qui sont fans d’autres genres : la bachata, le mambo ou le pop, par exemple.  La chanson la plus écoutée de l’histoire de youtube, « Despacito » de Luis Fonsi, qui a presque 6 milliards de vues sur cette plateforme, est un mélange entre du reggaeton et du pop, mais elle incorpore des instruments musicaux populaires comme le cuatro cubain.

La plupart du reggaeton est produit en Colombie et à Puerto Rico. Cependant, selon la plateforme Spotify, seulement 5% des écoutes de reggaeton proviennent de ces deux pays. Cela veut dire que 95% du reggaeton est exporté  et que le genre a conquis un marché  global. Ce rayonnement mondial du reggaeton est dû aussi, en partie, aux collaborations des interprètes de reggaeton avec d’autres artistes appartenant à un genre musical différent. Justin Bieber, Drake, Becky G : tous ces artistes ont participé à des chansons de reggaeton et plusieurs d’entre eux ont décidé de chanter en espagnol, une langue qui n’est pas la leur. Anitta, la chanteuse brésilienne la plus connue actuellement  assure que : « Chanter en espagnol m’a ouvert à plus de gens. Je pense que le langage reste encore une barrière. » La collaboration entre le rappeur américain Drake et le portoricain Bad Bunny, chantée entièrement en espagnol, est la troisième chanson la plus écoutée sur Deezer actuellement.

Le reggaeton a donc réussi à présenter une culture latine qu’une grande partie de la population refuse d’accepter, mais qui existe quand même, dans un monde dominé auparavant par la musique provenant des pays anglo-saxons.  Peut-être que le contenu de ses lettres reste simple et parfois vulgaire, que le rythme est monotone et qu’une grande partie des interprètes n’ont pas de formation musicale, mais le reggaeton a le mérite d’avoir fait de l’espagnol la langue avec laquelle tout le monde danse. La preuve : Après le succès de Despacito, certains médias assurent que le nombre de touristes à Porto Rico a  augmenté de 45%. Même si ces chiffres ne sont pas encore vérifiés, il est vrai que ce genre est une grande fenêtre qui fait que les gens, même les moins curieux, se demandent, au moins, «  Qu’y a-t-il à voir en Amérique latine ? »

Dossier spécial dixième anniversaire 2009-2018

  Dix ans en Amérique : Colombie 

 

Santiago Lopez A., élève de Première, Bogotá

 

La Tragédie de Mocoa en 2017

 

Dans la nuit du 1er Avril 2017, Mocoa, la capitale du département de Putumayo, a subi une tragédie sans précédent. A la suite d’une avalanche, provoquée par des pluies diluviennes et au débordement des rivières (Mocoa, Mulato et Sancoyaco), la ville de Mocoa, située au confluent des trois rivières a été détruit par la force de l’eau. Au total, on a dénombré 330 morts, 76 personnes disparues et plus de 1000 victimes.

 

Au-delà de l’effroi, la catastrophe a mis en évidence l’incapacité des autorités locales de Mocoa et de Putumayo, à la prévenir. Pourtant, le 26 août 2016, l’entreprise Biomad avait publié une étude de risques, alertant des dangers liés aux phénomènes naturels sur ce site. Mais la ville est située dans une des régions les plus périphériques et les plus pauvres de Colombie. Les autorités locales sont restées très démunies, et n’ont pas obtenu l’attention suffisante du gouvernement à Bogota.

 

Cependant, le gouvernement de l’ex président Juan  Manuel Santos, a prouvé sa capacité à réagir au tragique événement, avec le déploiement de secouristes, de forces de police et de l’armée qui ont apporté une aide à la hauteur des besoins. Néanmoins, on peut regretter que les pouvoirs publics ne soient pas parvenus à prévenir cette tragédie.

Source: Rfi

Cette catastrophe a bouleversé le pays et restera sans doute l’une des pires de l’histoire de la Colombie. Le drame ayant été largement relayé par les médias du monde entier, l’aide internationale s’est rapidement mobilisée, provenant de Chine, des Émirats Arabes ou d’Espagne. Les fonds ont servi pour aider à la reconstruction de la ville et aider les victimes de Mocoa.

 

Aujourd’hui, un an après la tragédie, Mocoa poursuit ses efforts de reconstruction, mais les habitants continuent à subir le traumatisme et les pénuries. Malgré tout, les gens gardent espoir pour l’avenir de leur ville en observant les travaux de reconstruction des infrastructures, des ponts, et des aménagements pour prévenir de nouveaux phénomènes climatiques.

Dossier spécial dixième anniversaire 2009-2018

  Dix ans en Amérique : Colombie  

 

Suani Lefèvre et Pierre Pulido, élèves de Première, Bogotá

 

Expédition Antarctique

 

La première expédition colombienne en Antarctique a eu lieu en 2014, même si des initiatives remontent assez loin dans l’histoire (voir le schéma des différentes étapes). Cette expédition nous montre que la Colombie, qui a vécu 50 années de guerre civile, en conflit avec les FARC, commence à rayonner à l’échelle internationale dans le cadre scientifique et environnemental.

Ce projet mis en œuvre par l’Etat colombien montre que le pays a progressé dans les domaines technologique et scientifique durant les dernières années. Ces progrès remarquables font apparaître la Colombie comme un pays en développement avec un fort potentiel économique et scientifique. Ces actions constituent une belle vitrine pour la Colombie qui cherche à attirer des investisseurs internationaux, à tourner la page de la guerre, mais aussi d’une certaine façon, que le pays  veut prendre toute sa place dans la lutte contre le réchauffement climatique.

On peut bien se demander si de tels projets auront une visibilité suffisante à l’international pour proposer une autre vision de la Colombie que celle, très vivace, de son passé.

Dossier spécial dixième anniversaire 2009-2018

  Dix ans en Amérique : Colombie 

 

Darius Harnisch, élève de Première, Bogotá

 

La crise diplomatique “des Andes” de 2008 entre la Colombie, l’Équateur et le Venezuela

 

Le 1er mars 2008, l’armée colombienne a lancé une attaque contre les FARC , organisation révolutionnaire terroriste d’origine colombienne qui luttait contre son gouvernement, dans la région frontalière entre la Colombie et l’Équateur, et qui s’est soldée par la mort de quelques 19 guérilleros, dont le commandant en second du groupe, Raul Reyes, et un soldat colombien. L’attaque visait un camp de guérilla situé à 1,8 km à l’intérieur du territoire équatorien.

L’histoire de l’Amérique latine est profondément marquée par des conflits territoriaux entre états souverains, c’est une histoire confuse,, marquée par des guerres et la formation d’empires, comme la “Gran Colombia” de Simon Bolivar qui réunissait ces trois patries fraternelles. Aujourd’hui, il y a toujours des tensions frontalières, idéologiques, politiques et militaires entre chacun de ces trois pays aux couleurs jaune, bleue et rouge.

Le gouvernement de l’Equateur, à l’époque, représenté par Rafael Correa et son alliance avec différents partis de gauche était fortement opposé au gouvernement colombien de droite, voire de droite radicale d’Alvaro Uribe. Deux pays démocratiques malgré tout, voisins directs ou indirects de la République Bolivarienne Socialiste du Venezuela, moins démocratique et son dirigeant, Hugo Chavez.

La situation était donc déjà fortement problématique par les différentes orientations politiques des gouvernements, mais l’invasion accidentelle des soldats colombiens en territoire équatorien fut, en effet, la goutte qui a fait déborder le vase de la normalité diplomatique du voisinage colombien.

 

Dénommée “Guerre Froide des Andes” par des spécialistes européens, cette crise diplomatique représentait grossièrement une succession de disputes verbales, de malentendus, de menaces et d’exagérations entre chefs d’états. Le président colombien, Álvaro Uribe, a appelé le président équatorien Rafael Correa, comme dans un scénario de type  “téléphone rouge”, affirmant que les forces colombiennes avaient franchi la frontière au cours de combats à la poursuite des soldats de l’organisation “terroriste”, selon Uribe, des FARC (Forces Armées de Révolution Colombienne). Correa, ouvertement opposé au gouvernement d’Uribe et méprisant ses actions en tant que président de droite radicale,  a déclaré qu’il enquêterait sur les événements. Par la suite, il a accusé le président colombien de l’avoir  mal informé ou de lui avoir menti.

 

Mais pourquoi attaquer quelqu’un qui s’excuse déjà formellement auprès de vous? A part l’opposition idéologique apparente entre gouvernements des deux états, Correa avait-il d’autres motivations pour dénoncer les actes de l’armée Colombienne?

 

L’accusation était basée sur les informations fournies par l’armée équatorienne dans la zone bombardée, décrivant ce que Correa a appelé plus tard un « massacre » des soldats révolutionnaires. Selon le président équatorien, des corps vêtus de sous-vêtements ou de pyjamas auraient été retrouvés dans le camp des guérilleros, ce qui indiquait  directement qu’ils dormaient au moment du bombardement aérien (et non lors d’une attaque au sol) et qu’il n’y avait pas eu de « poursuites » comme l’avait informé le président Uribe quelques heures plus tôt.

 

Correa laissait apparaître sa rancune, mais après tout, sa motivation était justifiée,  car son pays avec clairement été attaqué, d’une certaine manière. L’armée colombienne n’avait absolument pas le droit de franchir la frontière.  Normalement, c’était un acte de guerre et une flagrante offense à l’Équateur. Cependant, si cela était  pour défendre sa propre patrie contre une organisation terroriste, les causes et effets de cette attaque colombienne devraient-ils être mis en perspective et reconsidérés par Correa?

 

Les informations autour de cette affaire sont restées confuses. Les reportages à contenu subjectif ont été influencés par les différents pays et selon leurs affiliations politiques. Tout de même, le déroulement de base est connu, ou au moins un scénario de celui-ci: les soldats colombiens ont franchi la frontière de l’Équateur. Ce qui était  une violation de la souveraineté de l’Équateur. Mais le problème n’était pas pour autant  réglé car il fallait s’interroger sur l’essence du groupe révolutionnaire qui était à l’origine de cette guerre et qui a lutté pendant 50 ans contre le gouvernement colombien. Les FARC pouvaient-ils être qualifiés de terroristes et quelles relations ce mouvement communiste entretenait-il avec le gouvernement de gauche de l’Équateur?

 

Après ses accusations et plaintes envers la Colombie, le président équatorien a alors décidé de rappeler son ambassadeur à Bogotá pour des consultations. Le gouvernement colombien a par la suite présenté ses excuses pour ses actes mais a pourtant accusé le gouvernement équatorien de servir de base arrière pour les FARC.

L’Organisation des États américains a autorisé une mission Colombie-Équateur qui proposait ses bons offices pour promouvoir le rétablissement de la confiance entre les deux gouvernements ainsi que la  prévention et la vérification de tout incident frontalier.

 

Alors que l’on pensait la crise résolue, un autre acteur fit son apparition, en la personne du président du Venezuela, Hugo Chavez. Par opportunisme, il vit dans cette affaire une occasion pour dénoncer son “ennemi idéologique”, le président de la Colombie. Hugo Chávez, a déclaré que si la Colombie lançait une opération similaire à l’intérieur des frontières du Venezuela, il la considérerait comme un casus belli, donc un acte qui causerait directement la guerre, et attaquerait en riposte la  Colombie. Dans la foulée, Chávez a envoyé dix bataillons de la garde nationale vénézuélienne à la frontière entre la Colombie et le Venezuela et a fermé son ambassade à Bogotá. Percevant une opportunité d’alliance et d’amitié avec un pays voisin, Chávez a également offert son soutien au président équatorien Correa.

 

Il faut rappeler que tout cela s’est fait en l’espace de deux jours, mais l’affaire était loin d’être finie. Les relations diplomatiques avec les voisins plus proches de la Colombie se sont donc aggravées considérablement par la suite. Mais le gouvernement colombien trouva une manière de se défendre et de retourner le débat contre l’Équateur et le Venezuela.

Lors d’une conférence de presse tenue le 3 mars 2008, le chef de la police nationale colombienne, Oscar Naranjo, a déclaré que leurs services de renseignement avaient retrouvés trois ordinateurs de Raúl Reyes contenant des informations détaillées établissant une relation étroite entre les FARC et les gouvernements de Hugo Chávez et Rafael Correa. Le chef de la police a expliqué que ces documents prouvaient que le gouvernement équatorien avait convenu avec le général des FARC, Reyes, de lui fournir un sauf-conduit sur le territoire équatorien. Il a également accusé le Venezuela d’avoir prévu de déstabiliser le gouvernement colombien et de fournir de l’uranium aux FARC pour produire une bombe.

 

Une grave crise diplomatique entre les trois gouvernements  émergea à la suite de ces évènements.
En réponse à l’attaque très audacieuse du gouvernement colombien, le gouvernement équatorien nia clairement ces affirmations, en dénonçant la méconnaissance du gouvernement colombien sur les relations entretenues avec les FARC, à visée purement humanitaires, selon lui.

Le gouvernement vénézuélien, à son tour, a rejeté les accusations en disant de manière sarcastique que, de ces ordinateurs sortirait chaque document que le gouvernement colombien jugerait nécessaire.

Lors d’une visite au Brésil, Correa essaya de convoquer la scène internationale comme juge, en faisant une comparaison avec la France. Correa souligna que le président de l’époque, Nicolas Sarkozy, était également en contact avec les FARC, sans que personne ne songe à l’accuser d’une quelconque complaisance à leur égard.

Le doute a persisté sur le véritable contenu des ordinateurs, néanmoins certaines informations auraient aidé l’armée colombienne à éliminer deux généraux des FARC.

 

En réponse à la crise, le gouvernement équatorien de Rafael Correa a décidé de mettre fin à toute relation diplomatique avec la Colombie. Il ordonna la fermeture de l’ambassade équatorienne en Colombie l’expulsion de l’ambassadeur de Colombie. L’équateur a porté plainte contre la Colombie devant les instances juridiques de l’organisation des états américains, ainsi que des familles équatoriennes, qui accusaient l’armée colombienne d’avoir assassiné des équatoriens.

 

Cet événement fut désastreux pour les relations bilatérales des deux pays. La Colombie et sa politique extérieure sont restées marquées par le scepticisme vis à vis des informations et des motivations des gouvernements alentours. Avec une relation déjà difficile avec ses voisins à l’est, le gouvernement d’Uribe subit encore la perte de confiance d’un allié historique au Sud, et cela a plombé les relations régionales pendant une dizaine d’année Ces évènements ont également eu des répercussions internes en aggravant les tensions et la guerre civile.

 

La crise diplomatique des Andes fut réglée par l’administration du président Santos, et l’année dernière, la plainte équatorienne a été retirée de la cour inter-américaine de justice. Cependant, les relations sont restées tendues entre la Colombie et le Venezuela.

Dossier spécial dixième anniversaire 2009-2018

   Dix ans en Amérique : Colombie 

 

Natalia Ortiz Betancourt, élève de Première, Bogotá

Crónica de una crisis anunciada

Chronique d’une crise annoncée

 

Selon les chiffres du service de l’immigration colombien, 935 593 Vénézuéliens sont aujourd’hui dans le pays. Cette migration en provenance du Venezuela a augmenté considérablement les dernières années de la présidence d’Hugo Chavez. A partir de 2005, 18 000 travailleurs dans le secteur pétrolier ont été licencié, et  la politique de forte  redistribution de la richesse aux pauvres, a fait que dans ces deux cas, la classe moyenne et la classe aisée ont été les plus affectées. C’est à ce moment-là que la présence de vénézuéliens en Colombie a commencé à grandir.

 

Mais aujourd’hui, la majorité des personnes touchées sont issues de la classe moyenne et la classe défavorisée: crise économique, instabilité politique, pénurie de produits de base et hyperinflation ont poussé le peuple à  migrer vers les pays voisins, provoquant une émigration massive.

L’inflation au Venezuela pourrait atteindre 1 000 000% à la fin de 2018. Un kilo de viande coûte 9 500 000 bolivars sur un marché de Caracas, alors que le salaire minimum est de 3 000 000  de bolivars, soit environ 0,89 USD.

C’est pourquoi, cette crise Vénézuélienne oblige des milliers de citoyens à partir à la recherche de nouveaux horizons et, à trouver en Colombie une première destination ou un pont pour aller s’installer dans d’autres pays. Mais à cause de cela, aujourd’hui, la Colombie souffre des conséquences tant économiques que sociales.

Le nombre de Vénézuéliens à la recherche de travail est en hausse chaque jour, de sorte que l’offre des citoyens vénézuéliens sur le marché légal ainsi qu’illégal se répercute sur la société Colombienne. L’une des premières conséquences est la détérioration des salaires des Colombiens, en particulier dans les tâches agricoles et dans les zones frontalières. Une autre conséquence de cette immigration massive est la détérioration de la sécurité des citoyens.

 

En effet, la pression sur le système de santé s’accroît. Nombre de migrants arrivent dans des conditions déplorables, souffrant de malnutrition, principalement chez les enfants. Par ailleurs, des maladies telles que le paludisme, la dengue, la tuberculose, la leishmaniose et la rougeole ont déjà fait leur apparition dans les zones frontalières du pays. Ces maladies, dont beaucoup sont épidémiques représentent un risque pour la population colombienne mais aussi, engendre une hausse des dépenses et une détérioration des services.

 

Mais même si cette immigration vénézuélienne à des conséquences sur le plan social et économique, une grande partie de la population colombienne refuse l’idée de fermer la frontière ou l’idée de renvoyer les migrants chez eux. Les colombiens se souviennent que dans un passé récent, le Venezuela avait  aussi ouvert ses portes aux migrants colombiens, aux prises avec la guerre civile et la misère. Le fait que les migrants n’aient  pas d’emplois, ni de nourriture ni des médicaments, n’est pas raison pour les marginaliser. Au contraire, un récent sondage (source: Reportero24) indique que la population souhaite majoritairement que le gouvernement colombien mette en œuvre un plan d’aide spécifique pour les vénézuéliens, et pour un tiers des sondés, un programme d’aide humanitaire. Ces deux dispositifs ont déjà été engagés par les pouvoirs publics.

Dossier spécial dixième anniversaire 2009-2018

  Dix ans en Amérique : Colombie  

 

Mariana Marquez, Emanuel Morales, Maria Paz Rodriguez , élèves de Première, Bogotá

 

Los falsos positivos, l’affaire des “faux positifs”

 

La Colombie garde encore une image de pays violent, à cause d’une guérilla menée pendant plus de cinquante ans. Ce que l’on ignore souvent c’est que la violence n’était pas seulement unilatérale, puisqu’elle a aussi été mise en œuvre par l’État colombien et la force publique.

En 2006, Colombie ressemblait à une dystopie avec un conflit qui ne paraissait jamais finir. Le narcotrafic était présent dans nombreuses zones du pays, le conflit armé s’aggrava entre groupes de la guérilla tels que l’ELN et la FARC, puis, le pays connut une recrudescence des massacres et des violations des droits de l’homme de la part de ces groupes armés. Avec un tel niveau de tension, le président Alvaro Uribe fit promulguer un décret qui consistait à rétribuer financièrement, ou par divers avantages, la force publique et le Département Administratif de Sécurité (DAS) pour capturer ou tuer ou des membres de la guérilla. Ce “Décret de Boina”, adopté le 5 mai 2006, avait un double objectif: Celui de motiver les forces armées colombiennes, et produire des chiffres pour montrer aux Colombiens les progrès dans la lutte contre la guérilla. Un an plus tard, le 12 mai 2007, ce décret a été aboli, car il fit l’objet d’une importante controverse.

En effet, peu après sa mise en place, les habitants des régions rurales se sont inquiétés du nombre anormal de disparitions de personnes. Des signalements ont été effectués auprès des pouvoirs publics, mais sont restés sans réponse.  Les régions les plus touchées étaient les départements d’Antioquia et de Cundinamarca, plus précisément dans la municipalité de Soacha, une des plus peuplées où l’insécurité, les échanges illégaux et la pauvreté sont importants et  mettent en danger leurs habitants. Environ 12 jeunes issus d’un quartier miné par la drogue, la prostitution, l’alcool, la famine… décident pour sortir de cette misère, de s’enrôler dans l’armée. Mais quelques jours plus tard, ces jeunes sont retrouvés morts et déguisés en guérilleros.

Selon la version du Palais de Justice de Soacha où ont eu lieu les procès contre les recruteurs, ces jeunes ont probablement été abattus par des soldats pour récupérer une prime au titre de l’élimination de guérilleros (d’où le nom de faux positifs) et non pas lors d’un affrontement contre la guérilla.  Aujourd’hui, les mères de ces jeunes, appelées les mères de Soacha, essayent de maintenir le souvenir de leurs fils, et demandent toujours que toute la lumière soit faite sur ces disparitions, dans lesquelles la hiérarchie militaire nie toute responsabilité.

 

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