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Cartagena de Indias, la ville des inégalités extrêmes

Judith Parenti, Bogotá 

 

Cartagena de Indias est une ville portuaire située sur la côte caraïbe colombienne. Elle est réputée par la beauté de son centre historique, la “Ciudad Amurallada”, et son agréable climat tropical, chaud et venteux, attirant les touristes. Cartagena de Indias est la capitale de la province de Bolívar, et compte plus d’un million d’habitants. Les principales activités économiques de Cartagena de Indias comprennent l’activité portuaire et maritime, l’industrie pétrochimique et le tourisme.

 

 

 

 

 

 

 

 

Cartagena, destination de rêve prisée par les touristes du monde entier…

Cartagena de Indias est un des joyaux touristiques de la Colombie. Classée au patrimoine de l’humanité par l’UNESCO, elle accueille aujourd’hui plus de deux millions et demi de visiteurs, en croissance de 10% cette année, notamment grâce aux accords de paix avec les guérillas comme les FARC, qui ont permis à la Colombie de s’ouvrir davantage au tourisme. La fréquentation des paquebots de croisière est également considérable, plus de 200 paquebots y accostent chaque année, chacun déversant 2 000 touristes dans la ville. Des célébrités telles que Shakira ou même Donald Trump s’y rendent en vacances.

 

La ville possède un centre historique extrêmement bien conservé, fondé au XVIe siècle, appelé la “ciudad amurallada” (la cité emmurée), caractérisé par ses places, ses rues pavées et ses bâtiments de style colonial colorés, où les touristes se promènent et jouissent de la beauté des lieux, des meilleurs restaurants, tel que le “Café del Mar”, connu pour son coucher de Soleil spectaculaire. Les magasins sont aussi nombreux, et les commerçants ambulants sillonnent les rues étroites.

Rue typique de la Ciudad Amurallada                           Coucher de soleil au Café del Mar

A l’Ouest du centre historique, se trouvent les quartiers modernes (Bocagrande, el Laguito, Castillogrande). les grattes ciels, longés de longues plages couverte d’un sable légèrement grisâtre, offrent une skyline qui n’a rien à envier à Miami ou Cancun.   C’est cette partie de la ville qui contient les principales infrastructures touristiques telles que les hôtels, boutiques, restaurants et discothèques. L’eau chaude de la mer en fait une destination idéale pour profiter de la plage.

C’est aussi dans ces quartiers touristiques que la classe aisée de Cartagena a élu résidence.

Les appartements y sont spacieux et confortables dans les condominiums avec climatisation, piscines, salles de sport et autres installations privilégiées reflétant leur richesse et leur prestige.

                           Quartier de Bocagrande

 

Cartagena de Indias, une ville si paradisiaque? 

La plage, les bars luxueux, les piscines privées, les restaurants de haute gastronomie, les promenades dans le centre historique impeccablement conservé … que désirer de plus? Cartagena c’est le paradis, non?

Et bien pas vraiment. Il y a une autre réalité cachée et ignorée des touristes. Cartagena est en effet une des zones les plus pauvres de la Colombie. Ce contraste saisissant remet sérieusement en question l’image paradisiaque de la ville.

Cartagena est la deuxième ville colombienne comptant le plus haut taux de pauvreté monétaire. La zone misérable couvre 40% de la ville  et concerne 40% de la population, qui Une grande partie de la ville est misérable, les habitants y vivent  dans des conditions déplorables, sans accès à des services publics efficaces, et où l’hygiène est très mauvaise. Cette situation est totalement inacceptable.

Dans ces secteurs misérables, les habitants n’ont pas accès à l’eau potable, ils n’ont aucun système sanitaire efficace, ce qui les oblige à faire leurs besoins dans la rue, attirant les rats, les moustiques, et donc forcément les maladies. La nourriture se fait également rare. Nombreuses sont les personnes, notamment les enfants, qui sont dans des états rachitiques. Les maisons sont misérables et extrêmement rudimentaires: les matériaux utilisés sont généralement issus des poubelles et des matériaux retrouvés dans la rue. Les murs sont très peu solides, et lors de fortes pluies les habitants sont obligés de couvrir leurs maisons de sacs plastiques pour éviter des inondations ingérables.

 

Et encore, il faut ajouter à cela les zones pauvres, qui n’arrivent pas au point d’être misérables. Il est intéressant de préciser que, en Colombie, une maison considérée comme extrêmement pauvre/misérable est une maison où vivent 4 personnes, qui reçoivent moins de 408 mille pesos par mois (=116 Euros).

Un documentaire, “Cartagena pa’ entro” a été réalisé afin de dénoncer ces inégalités. Ce documentaire contient de nombreux témoignages, dont celui d’un jeune de 20 ans, Luis Eduardo Guerra, chanteur de hip hop. Il vit avec sa femme, ses deux enfants et sa belle-sœur, dans une maison misérable qui ne contient que quelques matelas par terre et un éventail.  Leur nourriture quotidienne se résume à des œufs et des “platanos verdes”. Il déclare que son objectif est de récolter entre 10 et 15 mille pesos par jour, dans le meilleur des cas, afin de faire subsister sa famille.

 

Ces inégalités ne se font pas seulement remarquer sur le continent, mais également sur les îles entourant Cartagena. L’île Tierra Bomba en est un parfait exemple.

Ci dessus, nous pouvons voir la partie misérable de Tierra Bomba, pleine de déchets, de saletés et d’habitations déplorables.

Ci dessous, nous voyons l’autre côté de l’île: une belle station balnéaire aménagée, propre et riche, qui accueille les touristes.

 

Impressionnant contraste, n’est-ce pas? Et bien malheureusement, il ne s’agit que de la triste réalité de Cartagena, et de la côte Caraïbe en général, Santa Marta, par exemple offre  des conditions assez similaires à celles de Cartagena.

 

 

L’Arctique, continent glacial, sujet à des tensions jamais aussi chaudes !

Louis GUIGNEFORT KIMBAL FERRAND, Bogotá 

 

La zone est soumise depuis quelques années, à des tensions du fait que la Russie, le Canada, les États Unis grâce à l’Alaska mais également les pays nordiques telle que la Norvège, l’Islande, le Danemark, cherchent à s’emparer du formidable gâteau énergétique

 

L’Arctique aurait été découvert en 330 av. J-C. par le navigateur Marseillais, Pythéas qui navigua jusqu’aux îles Shetland ou l’Islande actuelle. Pourtant ce n’est que bien plus tard entre les années 1725 et 1741 que le Danois Vitus Bering, envoyé par le Tsar Pierre le Grand, découvrit le détroit entre la Sibérie et l’Amérique. Détroit qui porte aujourd’hui encore son nom, le détroit de Béring. Mais c’est surtout lors des grands plans de développement sous la Russie communiste que la Sibérie et donc la plus grande partie de l’Arctique terrestre, connaît un développement sans précédent. Aujourd’hui sur les 4 millions d’habitants de cette zone géographique, 2.3 million sont encore russes. Avec le réchauffement global du globe et avec elle des courants marins, les glaces enfermant l’océan Arctique se sont ouvertes. Cette ouverture permet la navigation de porte-conteneurs une partie de l’année sans l’utilisation de brises glaces. Alliant à cela des avancées technologiques importantes dans l’exploration sous-marines et l’exploitation off-shore, cette espace il y a seulement 30 ans, sans grand intérêt représente aujourd’hui une manne financière gigantesque pour les pays limitrophes.

La zone est soumise depuis quelques années, à des tensions du fait que la Russie, le Canada, les Etats Unis grâce à l’Alaska mais également les pays nordiques telle que la Norvège, l’Islande, le Danemark, cherchent à s’emparer du formidable gâteau énergétique. Une preuve de l’importance que le gouvernement de Poutine accorde à cette conquête sont les moyens mis en œuvre. Ils sont colossaux. Le gouvernement russe table sur des dépenses se soldant à près de 4 milliards de dollars. Le Président russe Vladimir Poutine a ainsi dit lors du forum annuel de l’Arctique russe en présence de l’un des vices premiers ministres chinois, Wang Yang qui était accompagné d’une très grosse délégation, la volonté de la Russie de devenir la puissance économique et militaire numéro un de la région septentrionale du globe.

Selon la revue Nature, un tiers des réserves mondiales de pétrole, la moitié de celles de gaz et 80% de celles de charbon se trouvent en Arctique, de quoi attiser les convoitises! Ce bouquet énergétique représente le podium des ressources naturelles utilisées dans le monde soit, pour qui pourra les contrôler, les exploiter et les vendre, de formidables outils de développement et de projection de puissance. La plupart des organismes de protection de l’environnement dénoncent cette course à l’exploitation car selon elles, ce sont des ressources naturelles qui ne devraient pas quitter le sol afin que soit respecté l’objectif d’une hausse des températures  de seulement 2 degrés d’ici à 2050.

 

« Celui qui commande sur mer possède un grand pouvoir sur terre.»                                                           Cardinal de Richelieu

 

En juillet de l’année 2018, le méthanier brise-glace Christophe de Margeris de l’Europe du Nord à la Corée du Sud réussit à rallier le nord de la Norvège au port de Boreyeong en Corée du Sud par la route « Nord-Est » en 15 jours : Une première pour cet itinéraire que certains définissent comme la future autoroute du trafic mondial. Il devient ainsi le premier méthanier à parcourir seul cet itinéraire sans l’aide d’un navire type brise-glace pour ouvrir le convoi. Cette information prouve donc et confirme la viabilité de cette nouvelle voie maritime commerciale qui, de facto, déstabilise une partie des jeux politiques. Les bateaux reliant l’Asie et l’Europe ou bien la côte Ouest des États Unis ne sont plus obligés d’emprunter les trajets classiques passant par les canaux sur l’Isthme du Panama ou bien de Suez.

L’ouverture du pôle nord permet la création de nouvelles routes commerciales entre la machine-outil du monde (la Chine) et l’Europe. En effet, la route maritime traditionnelle passe par le détroit de Malacca en Indonésie puis longe la péninsule Arabique jusqu’au canal de Suez pour ensuite rejoindre l’Europe. On compte en moyen 48 jours de navigation pour relier la Chine au port de Rotterdam.

La nouvelle route maritime est innovante du fait qu’elle propose un itinéraire passant par l’océan Arctique. Les bateaux empruntent le détroit de Béring et suivent les côtes de la Sibérie jusqu’à la mer du Nord où ils atteignent le port d’Amsterdam. Le plus gros avantage de cet itinéraire est une durée de navigation beaucoup moins longue pour relier la destination de départ soit la Chine et la destination d’arrivée, le port d’Amsterdam. En compte pour cet itinéraire seulement 35 jours soit 13 jours de moins que le précédent.

A la suite de la fonte d’une grande partie des glaces enfermant la mer Arctique, les pays bordant ces eaux ont commencé à changer leurs opinions à propos de ces immenses étendues glaciales, qui ne représentaient que très peu d’intérêts économiques, il y a seulement quelques années. Avec le développement des technologies dans les différents secteurs du transport et de l’exploration sous-marine, l’Arctique promet de devenir un espace d’avenir du fait de la découverte de nombreux gisements miniers et d’hydrocarbures et de la création de nouvelles routes maritimes d’importance mondiale. Au niveau géostratégique, les changements sont énormes car cette route beaucoup plus rentable en temps donc en argent est entièrement sous contrôle Russe et non plus sous contrôle des États-Unis ou de L’OTAN comme le sont les détroits de Suez, de Malacca, de Panama ou de Gibraltar.

L’isthme du Darien…un nouveau couloir migratoire en Amérique (2/2)

Louis G.K. Ferrand, Bogotá  

 

Les passeurs nommés « les coyotes » sont souvent d’anciens guérilleros ou paramilitaires reconvertis dans des activités criminelles. Plusieurs cartels colombiens sont impliqués dans ces entreprises de passeurs, dont ceux de Medellin ou de Cali, historiquement déjà présents dans la zone. La Colombie est le plus gros producteur de cocaïne et les différents acteurs mafieux font passer cette marchandise illégale par cette frontière très peu surveillée. Le but des mafieux est d’atteindre plus facilement les marches européens et d’Amérique du Nord par les ports panaméens moins surveillés que les ports colombiens. C’est aussi un itinéraire classique pour les armes amenées en Colombie mais également en Amérique Latine.

Pour les différents acteurs criminels de la région, le passage des migrants représente aussi une manne financière non négligeable. Le prix d’un passage illégal entre les deux frontières est estimé de 600 à 800 dollars par personnes. Près de 38 000 personnes seraient passées en 2017 selon les douanes du Panama, leur nombre serait en constante augmentation.

Les migrants les plus nombreux sont de nationalité cubaine, bangladeshi ou haïtienne. Il existe aussi de nombreux migrants venant d’Afrique et d’Asie mais nous ferons seulement le trajet type d’individus de ces trois nationalités pour mieux comprendre pourquoi ils passent par le bouchon du Darien.

Concrètement, un migrant de nationalité Cubaine ou Haïtienne peut légalement entrer au Pérou ou en Équateur sans visa. C’est le moyen le plus facile pour accéder au continent américain et c’est alors le début d’un long périple vers l’Amérique du Nord. Un indien ou un Bangladeshi peut se rendre au Brésil sans visa. D’autres pays comme la Bolivie ou l’Équateur ne demandent pas de visa pour rentrer sur leurs territoires. Ces pays servent pour ces migrants de point d’entrée sur le continent américain.

En Amérique latine, il semblerait que plus la nationalité déclarée lors d’un contrôle de police est exotique (venant de très loin), plus les policiers se trouvent embarrassés et laisseraient facilement passer les migrants interrogés. De nombreux haïtiens se font souvent passer pour des africains francophones grâce à la proximité de la langue créole avec le Français. Cette parade leur permet de traverser plus facilement la frontière panaméenne car le gouvernement de ce pays a totalement interdit l’accès illégal aux citoyens haïtiens qui sont dès lors systématiquement renvoyés dans leur pays d’origine.

La grande crainte du migrant illégal est d’être soumis à des contrôles dans la rue ou lors de l’enregistrement de leur identité en accédant dans des camps de migrants aux passages des frontières. Dans ce dernier cas, ils peuvent alors donner une fausse identité du fait que nombreux d’entre eux voyagent sans papiers. L’attitude du gouvernement panaméen semble être de plus en plus dure et répressive avec notamment une militarisation de son service de contrôle des frontières (SENAFRONT), l’incarcération administrative et arbitraire de migrants illégaux dans des camps de transit et un recours de plus en plus fréquent au refoulement vers la Colombie via des voies maritimes. Outre les dangers physiques, cet exode coûte très cher aux migrants, environ 4800 dollars par personne pour rejoindre le Mexique depuis Turbo en Colombie. La plupart ont tout vendu et abandonné dans leur pays d’origine pour acquérir la somme nécessaire. Ils sont prêts à tout pour rejoindre le pays de leurs rêves : les États Unis ou le Canada. L’Europe qui a durcit ses frontières apparait de plus en plus comme une forteresse impossible à atteindre.

Pour information :

Le cout moyen d’une traversée illégale de la mer méditerranée des côtes libyennes aux côtes italiennes s’élèverait selon les autorités italiennes entre 4300 à 6700 Euros, soit plus cher que l’itinéraire Darien/ Usa.

On assiste enfin à une hausse particulièrement importante du nombre de cubains traversant cette frontière, car nombreux sont les Cubains qui souhaitent profiter des aides préférentielles encore en vigueur pour leur installation aux États-Unis. Cette aide est cependant compromise dû au réchauffement diplomatique entre les deux anciens grands ennemis.

 

Les différents flux de migrants à travers le monde ont systématiquement apporté des changements et parfois même causé des problèmes au sein des pays qu’ils traversent. En France, les médias mettent régulièrement en exergue les conflits d’intérêts posés par les flux des migrants économiques fuyant l’Afrique subsaharienne pour la plupart et les demandeurs d’asiles syriens fuyant l’Asie mineure. A ces flux il convient d’ajouter un nombre de plus en plus élevé de Yéménites fuyant leur pays en proie à une guerre civile depuis mars 2015.

L’Isthme du Darien … Un nouveau couloir migratoire en Amérique (Partie 1/2)

Louis G.K. Ferrand, Bogotá

 

Peu connu en Europe, l’isthme du Darien séparant la Colombie du Panama est maintenant devenu pour la plupart des organisations humanitaires en charge de la problématique des migrants, le point de passage obligatoire pour toute personne sans papier souhaitant rejoindre illégalement les Etats Unis d’Amérique. L’isthme du Darien est une zone où la violence est récurrente de par la présence de mouvements armés et de différents groupes criminels liés à la production de drogue et au transit d’armes. On retrouve parmi ces acteurs criminels tristement célèbres, les cartels de Cali et de Medellin. Depuis 2015, on observe une augmentation significative du nombre de ces populations de migrants franchissant la frontière. Ils seraient près de 38 000 migrants à être  passés en 2017. Non seulement ils sont soumis à de nombreux dangers, mais leur passage représente également une source de problèmes dans ces régions latines et d’Amériques centrales déjà très instables.

Le golfe et l’isthme du Darien sont la frontière naturelle entre la Colombie et le Panama. Il représente également le passage entre deux zones géographiques : l’Amérique du Sud du côté colombien et l’Amérique Centrale avec le Panama. La frontière est particulièrement peu développée car aucune route terrestre ne traverse le massif montagneux qui est recouvert d’une jungle très dense avec des pics s’élevant à près de 1.845 mètres d’altitude. Cette zone fait environ 160 kilomètres de long entre les deux pays pour une largeur maximum de 50 kilomètres à certains endroits entre la Mer Caraïbe et l’Océan Pacifique. Les géographes appellent cette zone « le bouchon du Darien » car c’est le seul endroit entre le grand nord de l’Alaska et le grand sud du Chili où la mythique route Panaméricaine est interrompue. Les principales causes de cette rupture sont dues à des facteurs physiques, un massif montagneux très peu favorable à la construction d’une autoroute auxquels s’ajoutent des conflits armés opposants des guérillas marxistes, des groupes paramilitaires et l’armée colombienne.

 

Ces conflits remontent historiquement à la guerre civile que la Colombie a connu ces 50 dernières années. Aujourd’hui suite à la signature de l’accord de paix avec les FARC, on pouvait espérer que la situation se soit calmée. Malheureusement, le vide créé par le désarmement des FARC a attiré de nouveaux acteurs militaro-mafieux fortement liés au trafic de drogue, d’armes et d’exploitation illégale de ressources naturelles. La frontière entre le Panama et la Colombie est très difficilement contrôlable car c’est une zone où aucune infrastructure publique et privée n’a été construite. Cette zone stratégique frontalière a attiré la curiosité lorsque certains pécheurs de la région, ont commencé à remonter des corps de la mer qui présentaient des caractéristiques propres aux peuples asiatiques et africains. Des corps sur lesquelles ont été trouvés des documents d’identités émis par le Bangladesh ou la Somalie, soit des personnes très éloignées de leurs pays d’origine. Les autorités ont également été étonnées par la présence de plus en plus nombreuse de migrants internationaux lors des contrôles de routine effectués dans cette zone.  

On peut cependant souligner que le Darien a toujours été soumis à des migrations internationales. Pendant les années 1980, de nombreux colombiens ont fui leur pays en proie à des conflits politiques, idéologiques et criminels. Nombre de cubains ont également opté pour cet itinéraire afin de fuir le régime Castro. Un itinéraire dangereux mais où les probabilités de se faire capturer par les forces de régulation des migrants illégaux autour de Cuba sont beaucoup moins élevées qu’un trajet la Havana-Miami.

Il est difficile d’estimer le nombre de migrants traversant la frontière colombo-panaméenne mais certaines personnes évoquent le passage de toutes les nationalités du monde, exception faite de ressortissants de Papouasie Nouvelle Guinée. Avant l’explosion du nombre de migrants, Il existait deux routes traditionnelles. La première était maritime. Celle-ci reliait illégalement deux ports, l’un en Colombie et le second au Panama. Le port colombien de Turbo est à ce jour, toujours la plaque tournante de l’immigration illégale de la Colombie vers le Panama. Avant 2015, la route maritime se terminait dans le port de Puerto Escocés de l’autre côté de la frontière. Cet itinéraire avait un coût humain et financier beaucoup moins élevé pour les migrants que le second. Le passage était le plus souvent assuré par des pêcheurs de la côte et le prix d’un billet pour le Panama s’élevait alors, entre 200 et 400 dollars par personne. Mais dans un pays où le salaire moyen est de 583 dollars (Banque Mondiale 2018), les groupes criminels ont commencé alors à s’emparer du trafic.

Après 2015, les relations internationales entre la Colombie et le Panama ont subi des changements. Autant l’immigration de quelques milliers de personnes par an était tolérée par les autorités panaméennes, celle de dizaines de milliers par mois ne l’était plus. Un accord Colombie / Panama était nécessaire. Les grands points de ce traité impliquent de nouvelles procédures envers les migrants : lors d’un contrôle d’une personne sans papiers sur le sol colombien, on attribuerait une sorte de visa temporaire au migrant à son lieu d’entrée en Colombie. Dans les faits, cette attribution n’a qu’un seul but, celui d’un transit plus rapide des migrants internationaux en Colombie vers le Panama. En effet, la Colombie possède la triste première place du plus grand nombre de déplacés internes devant même la Syrie. Les autorités n’ont donc aucun intérêt à ralentir ces flux de personnes voulant absolument rejoindre les Etats Unis et le Canada, et en aucun cas, s’installer en Colombie pays déjà débordé par ses problèmes internes.

La seconde route, la seule utilisée aujourd’hui débute toujours dans la ville colombienne de Turbo. Les migrants rejoignent avec des navettes tolérées par les autorités colombiennes, le port de Sapzurro qui est la dernière ville en Colombie avant la frontière panaméenne. C’est à partir de là que l’étape la plus dangereuse d’une longue marche meurtrière commence. Prenons l’exemple d’un migrant X :  Après avoir payé son billet à un passeur surnommé « coyote » il doit affronter une marche éreintante de 6 jours afin de rejoindre le Panama. L’entreprise de ce voyage au milieu de la jungle nécessite une condition physique certaine et un matériel adéquat que la plupart des migrants ne possèdent pas. On trouve sur ce chemin des personnes de toutes les générations, personnes âgées, enfants en bas âge et femmes enceintes. Les guides et le groupe n’attendent pas les retardataires qui sont donc abandonnés dans la jungle. Un abandon par le groupe signifie une mort certaine. En effet, la jungle qu’ils doivent traverser est totalement vierge de toute présence des deux états. Les dangers sont nombreux, faim soif, humidité, embuscades. Les migrants représentent de l’argent et les différents acteurs criminels de la zone cherchent à s’en emparer. Ainsi de nombreux migrants sont dépouillés de tous leurs biens par leurs guides ou lors d’embuscade. On mentionne également des rapts et des viols. Certaines guides demanderaient également en plus des dollars, le transport de cocaïne et d’armes entre les deux pays.

Et si par malheur, le groupe rencontre les forces de régulation des frontières du Panama … les migrants sont alors incarcérés jusqu’à une déportation vers leurs pays d’origine. Ce qui voudrait dire pour certaines personnes de revenir à leurs pays d’origine après avoir tout abandonné et tout vendu pour acquérir le pécule de dollars nécessaire à l’entreprise de ce voyage à haut risque.

L’art au service du Processus de paix en Colombie

Maria Bernal, Gabriela Rozo et Lorenzo Villegas, Bogotá  

 

En 2016, la Colombie a connu un tournant fondamental pour son développement avec l’aboutissement du processus de paix.  Après 50 ans de conflit armé, les FARC (Forces Armées Révolutionnaires de la Colombie) et l’Etat, ont signé un accord de paix qui prévoit une réintégration des ex-militants et une réparation aux victimes, porteuses d’un espoir de reconstruction des tissus sociaux en Colombie.  Pour accompagner et pour guider ce processus de guérison dans lequel des milliers de Colombiens sont impliqués,  l’art apporte  sa contribution à l’unification et à l’éducation.

 Tous les styles, les genres, les danses, sont acceptés dans ce projet, en donnant une grande diversité dans laquelle tout le monde peut trouver sa place. Ce sujet pose deux questions.  Comment l’art peut-il aider dans ce processus très important de guérison et de reconstruction, après un conflit armé de plus de 50 ans ? Et comment peut-on à travers l’art, créer une mémoire et pardonner ?

 

Source:    http://agenciadenoticias.unal.edu.co/detalle/article/el-arte-en-colombia-tambien-reflexiona-sobre-el-posconflicto.html

 

Tout d’abord, pour qu’un processus de paix et de reconstruction des tissus sociaux réussisse, il est primordial de ne pas oublier. Il faut pouvoir pardonner, ne pas rester dans le passé, vivre sans ressentiments,  il faut être tolérant et respectueux mais sans toutefois oublier. Pour la mémoire, l’art est le meilleur outil car il permet de rappeler des sujets sensibles de différentes manières, plus délicates et plus visuelles, mais qui transmettent également un  message  très important : celui du pardon, de la mémoire, et de la cicatrisation.

Prenons des exemples. Celui de « Guernica » de Pablo Picasso, dans lequel  le peintre représente une scène de violence extrême de la guerre civile espagnole. C’est l’une des œuvres les plus reconnues, utilisée comme outil pour la mémoire collective. C’est aussi le cas de « Masacre en Colombia » de Fernando Botero.

Outre son rôle d’outil au service de la mémoire, l’art agit sur la transformation des individus. En effet,  les artistes s’impliquent énormément dans la représentation plus ou moins stylisée qu’ils donnent des évènements. Beaucoup d’apprentissages sont  transmis par ce moyen en imprégnant les personnes, qui ne peuvent rester totalement insensibles à l’art.

On peut aussi considérer cet art comme un miroir de ce que nous sommes, ceci peut, parfois,  être un révélateur puisqu’il nous permet de voir réellement,  qui on est ou ce que l’on représente. A l’inverse, l’art peut aussi être mal perçu, car si les œuvres sont réalisées par des artistes qui n’ont pas réellement vécu la guerre, mais qui utilisent leur voix,  leurs opinions, leurs points de vue pour la représenter et se mettre à la place des vraies victimes, cela peut créer de la confusion. Sans le vouloir, ces artistes peuvent déformer la mémoire ou mélanger les faits, les sentiments et les opinions. Au final, les œuvres ne feront pas l’unanimité.

Dans une société en paix qui n’est pas trop marquée par la violence et le conflit, l’art peut déplacer des montagnes et produire des changements importants. Quand on parle d’un sujet comme la guerre, la violence, les atteintes à la vie humaine, il est souvent difficile de trouver les mots ou les façons de communiquer, mais le côté artistique offre une palette de genres, de manières de communiquer. Par exemple, il est possible d’utiliser des euphémismes pour que d’une certaine manière, l’on puisse délivrer un message qui produira un fort impact sur la société.

Mais dans une société soumise depuis longtemps à la violence, l’art perd sa force. Néanmoins le plus important consiste à transmettre aux générations futures, l’histoire, l’acceptation et le respect pour la culture.  Si cet objectif est atteint, c’est alors un grand pas vers la paix. En effet, les individus deviennent des citoyens plus tolérants, avec des idéaux et opinions qui peuvent se confronter sans avoir recours aux armes ou à la violence.

Un genre de théâtre appelé Théâtre Oppressé, est un art populaire, dépouillé des techniques les plus professionnelles et du langage élitiste, réservés aux spécialistes et aux initiés. Il donne cependant tous les outils nécessaires pour faire un théâtre où tous peuvent transmettre des messages, chercher des remèdes  aux sujets qui leur ont causé une douleur, ou bien tout simplement donner la possibilité d’entrer dans le monde de l’art pour connaître et pour expérimenter. A travers cette démarche, il s’agit de pourfendre l’idée que l’art est réservé uniquement à l’élite sociale. L’art peut et doit être populaire, et n’importe qui,  n’importe où doit pouvoir y avoir accès.

La « reconnaissance de l’autre » est aussi un point crucial qui aide au processus de pardon et de réconciliation, puisqu’elle peut faire en sorte que les auteurs des crimes expriment une opinion, présentent des excuses et fassent un pas en avant dans leur vie,  puisqu’ils font aussi partie du processus de réintégration et de reconstruction sociale dans lequel tout le pays est engagé. Dans le long processus d’instauration de la paix, de nombreux projets ont été réalisés, qui mettent en scène les victimes et les auteurs des crimes, car ils sont les acteurs clés de la réussite du processus de réconciliation. Ce sont en effet les personnes qui en connaissent le plus sur le sujet. Elles sont celles qui ont le plus besoin ce processus de paix puisque elles ont été les plus affectées par le conflit. Pour elles, l’art prend une grande importance dans leurs vies et dans le processus de guérison. C’est par exemple le cas des « Mères de Soacha », un groupe de mères dont les fils ont disparu durant l’époque des faux positifs (assassinats par  l’armée nationale colombienne de civils innocents, dans le but de les faire passer pour des guérilleros morts au combat). Ces femmes ont créé une pièce au  théâtre Tramaluna, où elles ont mis en scène leur terrible vécu, comme un thérapie, pour surmonter ces épisodes traumatisant qui ont épuisé  le pays et les familles.

Étant donné que l’art est un domaine qui a besoin d’un financement assez important, le maire de Bogota, Enrique Peñalosa, a débloqué un budget conséquent au service de la culture, pour promouvoir la création artistique chez les plus jeunes et les personnes engagées, et favoriser la réconciliation pendant les processus de paix.  De nombreuses bourses ont été accordées pour des écoles et des projets culturels et artistiques. Cependant, les zones plus affectées par le conflit, c’est-à-dire les zones rurales sont largement restées à l’écart du dispositif, faute de moyens suffisants pour permettre la réalisation des initiatives locales.  Il reste encore beaucoup à faire pour faire parvenir l’art dans les coins les plus éloignés des grandes métropoles.

On peut finalement s’interroger sur l’art, tel que la musique, le cinéma, le théâtre, la peinture (entre autres), et sa capacité à promouvoir la paix. Ce moyen n’est-il pas en réalité utopique et naïf ? Néanmoins, c’est sans doute la manière la plus innocente et la plus transparente que nous avons tous pour laisser derrière nous un passé de violence et de mort, et aller vers un avenir meilleur, porteur de développement économique, technologique, politique et social. Mais avec un devoir de mémoire, car il ne faut jamais oublier l’histoire du pays, si douloureuse soit-elle, pour qu’elle ne se répète plus.

 

Pour en savoir plus:

http://www.otraescuela.org/festival/to-perdon-y-reconciliacion-.htmlhttp://www.culturarecreacionydeporte.gov.co/es/convocatorias/bogota-le-apuesta-la-reconciliacion-traves-del-arte-y-la-culturahttp://librepensador.uexternado.edu.co/el-arte-un-camino-con-rumbo-a-la-paz/http://www.eltiempo.com/multimedia/especiales/el-arte-como-actor-en-el-proceso-de-paz/15925137/1/index.htmlhttp://proyectoculturalsur.net/el-papel-del-arte-en-la-construccion-de-la-paz/

 

 

 

Durante el año 2016, Colombia marcó un momento fundamental para su desarrollo, el fin del Proceso de Paz. Luego de 50 años de conflicto armado entre las FARC (Fuerzas Armadas Revolucionarias de Colombia) y el Estado, se firmó un acuerdo en el cual habrá una reintegración de los anteriormente militantes y una reparación a las víctimas. Con ello se espera pueda haber una reconstrucción de los tejidos sociales en Colombia. Para acompañar y guiar este proceso de sanación, en el cual miles de colombianos están involucrados, el arte trae una manera diferente de instruir y unir. Todos los estilos, los géneros, los bailes, etc. son aceptados, dando una gran diversidad a este tipo de proyectos donde cualquier persona interesada puede encontrar su lugar.  Una pregunta muy frecuente frente a este tema es, ¿De qué manera el arte puede ayudar a un efectivo proceso de sanación y de reconstrucción de un conflicto armado de más de 50 años? y ¿Cómo se puede crear memoria y perdón por medio del arte?

En primer lugar, es muy importante aclarar que para un proceso de paz y una reconstrucción de los tejidos sociales, lo más importante es no olvidar. Es poder recordar con perdón, con superación, con tolerancia y con respeto. Para la memoria, el arte es la mejor herramienta, permite que muchos temas sensibles o de gran importancia puedan ser recordados de maneras menos fuertes visualmente, pero que igual transmitan el mismo mensaje y que recuerden aquel evento de violencia o conflicto que pudo haber pasado. Esto lo podemos ver con el caso del Guernica, de Pablo Picasso, pintura en la cual el pintor representa una escena de violencia extrema durante la guerra civil española, es una de las obras más reconocidas y está siendo utilizada como herramienta de la memoria. También es el caso de Masacre en Colombia, de Fernando Botero.

Aparte de ser utilizado como esta faceta de utensilio de memoria,  el arte también es considerada como un transformador de individuos ya que muchos aprendizajes podrían ser transmitidos por este medio, llevando a causar cambios en las personas, tanto, que aprecian y son espectadores del arte, pero también para los artistas que se dedican a crear obras y a empaparse de los eventos que representan. También puede ser considerada como un espejo de lo que somos, esto puede en algunos casos ser una ventaja, ya que te deja ver en verdad quién eres o qué es lo que representas, lo que utilizas luego para mostrar la realidad.

 

O puede ser una desventaja, ya que es posible que al usar personajes o casos que las personas no han vivido personalmente, haga que haya una destrucción de esa memoria o una mezcla de los hechos sucedidos y las opiniones. Al hablar sobre un tema como la guerra, la violencia, el daño a la vida humana, muchas veces no se encuentran las palabras o las formas de comunicar, pero el lado artístico permite que haya una manera diferente de decir las cosas y se pueda hacer uso de eufemismos para, de cierto modo, dar un mensaje que pueda llegar a ser muy duro o de gran impacto en la sociedad. En cualquier sociedad donde la violencia y el conflicto no están presentes o no de una manera tan fuerte, el arte simplemente hace grandes cambios.

Pero el estar en una sociedad corroída por la violencia hace que esta pierda su fuerza. Lo más importante de transmitir a las generaciones es el conocimiento, la aceptación y el respeto a la cultura, esto puede llevar a un gran avance en la paz, esto hace ciudadanos más tolerantes, con ideales, que puedan compartir opiniones junto a otras personas, sin tener que acudir a las armas o a la violencia. Un género de teatro llamado el Teatro Oprimido, hace que las técnicas más profesionales y los lenguajes que en muchos casos solo pueden entender los especialistas se hagan a un lado y entregando todas las herramientas necesarias se pueda hacer un teatro donde todos puedan transmitir mensajes, superación a temas que han causado dolor, o incluso solo dar la posibilidad de entrar en el mundo del arte para conocer y experimentar. Esto se extiende a la problemática que muchas personas se plantean, si el arte es únicamente para las personas de altos recursos, pero se debe aclarar que el arte debe ser un arte popular donde cualquier persona, de cualquier lugar y que sin importar sus recursos, pueda acceder.

 

El “reconocimiento del otro” es también una cuestión que ayuda al proceso de perdón y recuperación, ya que puede hacer que los victimarios se expresen dando una opinión, pidiendo perdón y dando un paso adelante en sus vidas, ya que también hacen parte del proceso de reintegración y reconstrucción social al cual todo el país está subyugado. Por ejemplo, en los numerosos proyectos que se han hecho en el país a lo largo de los años que se estuvo haciendo el proceso de paz, las víctimas y los victimarios han sido parte fundamental de su ejecución. Siendo las personas que más conocen del tema, que más necesitan de este proceso ya que son las principalmente afectadas por el conflicto, demuestran que este proceso de sanación por medio del arte tiene una gran importancia y relevancia en sus vidas. Está el caso de las Madres de Soacha, un grupo de madres de personas que fueron desaparecidas durante los falsos positivos. Junto a Tramaluna teatro crearon una obra donde pudieron mostrar la situación y esta ha sido una de las técnicas que han utilizado para sobre llevar estos terribles episodios que carga el país y las familias.

Virus Tropical

Lucas DEVICENTE MACHILLOT, Bogotá 

 

 

Virus Tropical est un film animé colombien réalisé par Santiago Caicedo, sorti en salle le 17 Mai 2018, et inspiré de la BD autobiographique du même nom, écrite par Powerpaola.

Paola naît au sein d’une famille assez conservatrice dans les années 1980, dans la ville de Quito, en Equateur. Son père est un ancien prêtre, sa mère une voyante, et ses sœurs ne sont pas exactement ce que leurs parents espéraient. Elle sera éduquée avec des valeurs très catholiques et traditionnelles, et sa jeunesse sera une constante lutte pour son indépendance et une vie voulue dans un contexte difficile, plein de stéréotypes, mensonges et apparences. Une histoire qui se transforme bientôt en celle de la vie d’une femme latino-américaine, qui apprend à vivre avec l’écoulement du temps, passant d’un caractère doux pendant l’enfance, à une personnalité forte, féminine et intéressante qui se modèle à travers des expériences marquantes, au milieu d’un monde Latino-Américain en pleine évolution.

 

Pour commencer, l’écriture et l’histoire même sont captivantes: le vocabulaire et les expressions nous font connecter très rapidement avec les personnages, et souvent les discussions nous font entrer dans des débats compliqués et profonds, sans transformer aucun des personnages de la vie courante, en philosophes. J’arriverais même à dire que l’auteure du roman graphique transforme le quotidien et la vie simple que l’on vit tous, en quelque chose d’unique et d’importance suffisante pour en faire une œuvre majeure: elle donne une grande valeur à la vie de chacun d’entre nous. L’histoire est aussi bien réussie, en variant moments comiques avec d’autres plutôt angoissants ou tristes. D’autre part, il est vrai que celle-ci devenait trop longue à plusieurs reprises, et souvent l’intrigue prenait une tournure ennuyeuse ou encore même inutile, sans avoir aucun but sentimental ou narratif en plein milieu du long métrage.

Le graphisme, reprenant le style en noir et blanc du livre a un côté original, et rend le travail final encore plus remarquable. Il fait que le film soit un regard encore plus subjectif que ce qu’il aurait été s’il avait été filmé: le dessin nous force à voir le paysage que voit Paola et non celui de quelqu’un qui viendrait visiter sa ville, et nous montre les personnages tels qu’ils le sont à son égard. Pourtant, ces graphiques font que la troisième dimension et l’espace que propose normalement le cinéma soit extrêmement réduit. Il y a quasiment tout le temps des plans de face, qui se limitent à suivre les ordres de la BD. La première scène est la seule exception à ce petit inconvénient: la “caméra” ou regard, effectue un voyage à travers de nombreux endroits, et elle est vraiment agréable à regarder, et donne tout de suite un style spécial au film.

 

Il est également difficile de passer à côté de la musique: elle est excellente. Vraiment. Un pop Rock doux, avec des

paroles qui accompagnent la pensée de Paola, des sons qui éveillent des envies de vivre la vie de son plein gré, et une originalité surprenante. Elle nous plonge bien la tête dans un bain d’émotions, et fait que le film prenne une grande puissance tout au long de sa durée. Franchement rien à redire, c’est peut-être l’aspect du film qui m’a  davantage plu.

 

Finalement, le rendu final est très bien réussi, que ce soit pour les émotions qu’il réveille en nous lors de sa visualisation, ou encore tous les thèmes qui touchent les jeunes acteurs. C’est aussi une ouverture qui permet de s’immerger dans la vie des classes populaires en Colombie. Un bon film pour passer un bon moment en riant, en pleurant et en vivant une belle histoire d’idées adolescentes, de jeunes envies et de pulsions sentimentales.

EPL, le plus petit groupe de guérilleros colombiens

Louis G.K. Ferrand, Bogotá 

 

Preuve du grand nombre d’acteurs présents dans le conflit Colombien, l’EPL représente le plus petit groupe de guérilla marxiste encore actif. Qui est-il ?

 

L’EPL (Ejercito Popular de Liberación) ou armée de libération populaire en Français est aujourd’hui l’un des derniers groupes de guérilla opérant en Colombie. En effet, cette milice compte 152 combattants selon des sources gouvernementales colombiennes et elle est surtout présente dans le Département du « Norte de Santander », une région de Colombie à la frontière du Venezuela. La zone montagneuse où ce mouvement insurrectionnel est implanté s’appelle le Catatumbo, et il se trouve sur la frontière colombo-vénézuélienne ce qui représentait et représente toujours durant l’histoire du mouvement, une solution de repli pour les guérilleros. Cette milice n’est plus que le reliquat du mouvement du même nom qui fut démobilisé à hauteur de 95 % de ses effectifs en 1991. Les démobilisés ont formé le parti politique Esperanza, Paz y Libertad soit en français, Espoir, paix et liberté.

 

 

Ce nouveau parti politique actif surtout dans le département d’antioquia avait une influence importante sur le Sintraingro, qui était le syndicat des travailleurs des bananeraies. Syndicat qui regroupait près de 12 000 membres dans les années 90. En outre, le mouvement parvient à faire élire des conseillers municipaux dans toute la région productrice de bananes de Colombie. Ce qui lui conférait alors une certaine force politique.

 

A l’origine l’armée de libération populaire avait adopté une idéologie fortement marquée à gauche. Ils se revendiquent toujours aujourd’hui comme étant un groupe communiste, marxiste-léniniste mais également fait plus étonnant, comme un groupe hoxhaïste. Cette idéologie est issue de la guerre froide et précisément d’un ancien pays satellite de l’URSS, l’Albanie. Ce courant du socialisme se démarque par le fait qu’il prône une interprétation rigide du marxisme-léninisme dans sa version stalinienne et également par sa volonté de fermeture au monde extérieur. L’actuel EPN est dirigé par Bernardo Gutiérrez depuis 1991. L’on peut voir dans cela une illustration du dernier commandement du groupe qui prône un culte de la personnalité autour du dirigeant.  Il compta lors de son apogée près de 5.200 combattants ce qui lui conférait de facto la troisième place dans les plus grands groupes de guérilla en 1980 après les FARC et l’ELN. L’EPL était principalement financé par des séquestrations, des extorsions et du blanchiment d’argent, dans les régions d’Antioquia, de Caldas, de la Guajira mais surtout dans le Norte de Santander. L’armée de libération populaire fut à l’origine créée en 1965 pour combattre d’abord politiquement l’influence des grandes compagnies bananières, puis elle prit les armes à partir de 1968.

 

Les forces sécessionnistes de l’EPL qui continuèrent le combat contre le gouvernement et aussi contre les différents groupes et acteurs du secteur qu’ils soient paramilitaires ou guérillas ayant des idéologies proches, comme l’ELN, furent, en 1996, désignées comme guérillas rurales par les institutions internationales et le gouvernement de l’époque.

 

Intéressons-nous maintenant plus particulièrement à leur situation actuelle. En 2016, on assiste à un changement de cap idéologique. L’EPL s’est allié avec le groupe criminel « Los Pelusos », spécialiste dans la production de drogues. Fort de cette alliance, l’EPL a su écarter tous les autres groupes criminels dans la région du Norte de Santander et s’imposer comme le premier producteur de substances psychotiques de la zone. Une source de revenus bien rentable qui s’est vue complétée par le racket des émigrants vénézuéliens fuyant leur pays.  En 2017, l’EPL est toujours actif, principalement dans la zone du Catatumbo, zone du nord-est de la région Norte de Santander. L’armée populaire de libération a pu reprendre des zones laissées vacantes par des groupes FARC qui ont signé un traité de paix avec le gouvernement l’année dernière et déposé les armes. Selon la fondation des idées pour la paix en Colombie (FIP), l’EPL est l’un des principaux groupes armés “saboteurs de la paix” dans la région du Catatumbo et la paix n’y sera pas complète tant que l’EPL continuera ses actions, d’autant que d’après des paysans locaux, le groupe “n’acceptera jamais une capitulation”. Pourtant, un message circule actuellement dans la région du Catatumbo mentionnant la volonté des dirigeants du mouvement d’entamer des pourparlers avec le gouvernement.

L’EPL doit-il sa survie au changement de cap idéologique et à son alliance avec les groupes narcotrafiquants qu’il combattait auparavant ?

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