Dossier spécial dixième anniversaire 2009-2018

  Dix ans en Amérique : Mexique  

 

Luna TOTO-BROCCHI et Renata MAROTO, élèves de Terminale, Mexico

 

Acapulco, un paradis au bord du gouffre

La ville balnéaire mexicaine n’est plus qu’un rêve envolé. Face à la montée des violences et du crime organisé, de nombreux touristes internationaux l’ont désertée.

 

« Jesús Arenas, directeur de la police des autoroutes, exécuté devant sa femme dans un restaurant d’Acapulco », titrait le journal La Reforma, le 4 mai 2018. C’est ce type de faits-divers que l’on retrouve fréquemment dans cette station balnéaire de l’État de Guerrero. Et c’est pourtant grâce à elle que cet état va connaitre son apogée touristique en 2008 avec plus de 7 millions de visiteurs. Mais depuis dix ans, la ville s’est enfoncée dans une violence extrême entretenue par les différents clans de narcotrafiquants qui souhaitent contrôler la ville.

                                            Coucher du soleil sur la baie d’Acapulco, photo CC BY

 

Nous sommes loin de l’époque où « la perle du Pacifique » accueillait le tournage en 1947 de La Dame de Shanghai ou la lune de miel des époux Kennedy en 1953. Réservée à l’élite, la ville s’ouvre progressivement au tourisme de masse à partir des années 1960. Acapulco connait une grande expansion et apparait comme la vitrine du tourisme au Mexique. Aujourd’hui, la situation a bien changé. En 2017, Acapulco recensait 917 assassinats, soit un taux d’homicides de plus de 106 pour 100 000 habitants, ce qui lui octroie la funeste troisième place des villes les plus violentes du monde, d’après le classement de l’organisation non gouvernementale mexicaine, Consejo Ciudadano para la Seguridad Pública y la Justicia Penal (CCSPJP). En moins de dix ans la ville côtière a perdu plus de 40% de ses visiteurs, d’après les statistiques du secrétariat au tourisme du Mexique. Et ce n’est plus un tourisme international comme auparavant, en 2017, 90% des visiteurs étaient mexicains, d’après la même source. Selemen, ex-associé de la discothèque El Alebrije, nous explique qu' »il n’y a plus de sécurité et les narcos prennent tout le pouvoir, les prix baissent et la pauvreté augmente et cela se ressent fortement ». Après 30 ans de service, en 2015, son établissement réputé a dû fermer car il lui devenait impossible de poursuivre dans ces conditions.

 

La montée du crime organisé

Le Guerrero est, au côté du Morelos et de la Baja California, un des États les plus dangereux du Mexique en termes d’homicides, d’exécutions et d’enlèvements, selon une enquête de l’association mexicaine Semáforo delictivo nacional réalisée en 2018. De nombreuses ambassades étrangères, comme celles de la France ou des États-Unis, recommandent même de ne plus y aller.

On peut lire sur le site de l’ambassade française que “les disputes territoriales du crime organisé provoquent une vague de délinquance dans l’État de Guerrero. Il est recommandé d’éviter les villes d’Acapulco, Chilpancingo et Ixtapa-Zihuatanejo”. Son homologue américaine indique quant à elle, dans son dernier message en date du 25 septembre 2018 : “ Alerte à la sécurité – Les forces fédérales remplacent la police municipale à Acapulco”.

 

Comment ce lieu de vacances mondain est devenu un territoire gouverné par les narcotrafiquants?

L’État de Guerrero est sous le contrôle de deux grands cartels de la drogue : les Guerreros Unidos (les guerriers unis) et Los Rojos (les rouges). Mais à Acapulco, la situation est bien plus complexe car de nombreux cartels souhaitent en prendre le contrôle ce qui cause une augmentation des assassinats entre bandes rivales mais aussi de nombreux dommages collatéraux sur les forces de l’ordre ainsi que sur les habitants de la ville et les touristes. Si la ville au début des années 2000 faisait moins parler d’elle, c’est qu’elle était entre les mains d’un seul cartel, celui des frères Beltrán Leyva. En 2008, l’arrestation d’Alfredo Beltrán Leyva, entame la désintégration du clan et incite les clans rivaux à s’emparer de la ville.  L’arrestation huit ans plus tard de son associé El Chapo, chef du cartel de Sinaloa, accentue la situation conflictuelle entre les clans qui pensent avoir la voie libre pour s’imposer dans ce port stratégique.

 

Un combat national

Les touristes étrangers ont délaissé Acapulco et ont migré sur la côte Atlantique dans la péninsule du Yucatan pour des villes telles que Cancún,  réputée pour les fameux Spring break qu’organisent les étudiants américains au début du printemps, ou encore Playa del Carmen, Tulum et Cozumel. Les visiteurs y ont trouvé la beauté des sites, le confort, mais aussi la sécurité. Si le nombre d’homicides est moins alarmant qu’à Acapulco, les cartels mexicains commencent à menacer la zone et les crimes sont en constante augmentation. Ces villes qui connaissent actuellement un essor touristique pourraient elles aussi connaitre le même sort que la « perle du Pacifique » et voir un jour les touristes repartir vers des localités plus sûres. C’est pourquoi, tant que la corruption perdure et que les cartels disposent d’un pouvoir si conséquent au Mexique, le tourisme restera un secteur lunatique avec une faible assurance de se construire sur le long terme. Le combat est donc national et c’est d’ailleurs le principal défi qui attend Andrés Manuel López Obrador, le nouveau président mexicain, qui s’est engagé à vaincre la corruption qui s’est institutionnalisée au Mexique à tous les niveaux depuis des décennies.

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