Brexit ou l’exit d’un Royaume-Uni divisé (4/4)

Louis G.K.Ferrand, Bogotá 

 

Des europhiles descendent dans les rues de Londres

Le samedi 20 octobre dernier, a eu lieu une manifestation monstre dans un Royaume peu enclin à ce genre de rassemblements. En effet, ce rassemblement a regroupé près de 570 000 personnes selon les diverses associations, la police londonienne n’a quant à elle pas communiqué de chiffre. Différents journalistes parlent du plus gros rassemblement dans la capitale britannique depuis la manifestation contre la guerre en Irak en 2003. A l’appel de plusieurs associations europhiles, ce demi-million de personnes manifeste un véritable coup de force en opposition au Brexit. La revendication          principale de ces manifestants est l’organisation d’un second référendum.

 

Ce mouvement de contestation du Brexit est principalement actif dans les grandes villes telles que Londres où les scores pro Européens ont été les plus élevés (près de 60 %) supérieurs aux scores écossais et même d’Irlande du Nord. Ce mouvement est très peu politisé, les seuls partis d’envergure qui soutiennent ce mouvement sont le SPN écossais, les libéraux démocrates et le DUP d’Irlande du Nord.

On trouvait dans la manifestation, des hommes politiques reconnus tels que l’actuel maire de Londres Sadiq Khan mais également certains députés. Deux ans après le référendum remporté à 52% par les pro-Brexit, les Britanniques restent divisés et le rapport de force n’a guère évolué, bien que les conséquences du Brexit restent toujours aussi floues.

                          Manifestation Pro-Européenne devant Westminster le 20 octobre 2018 à Londres

Un sondage réalisé par le site de sondage « Survation » démontre cette semaine, que 48% des britanniques seraient favorables à la tenue d’un second référendum sur l’accord de sortie de l’UE alors que 25 % y seraient hostiles.

Les différentes figures pro Europe se sont organisées dans le courant des mois de septembre à octobre. « Il est temps que nous reprenions le contrôle », a lancé à la foule le maire travailliste de Londres, Sadiq Khan. « Il est clair que nous sommes les plus nombreux », a déclaré sur l’estrade la députée conservatrice pro-UE Anna Soubry. Le camp écossais pro-Euro (SNP) a également annoncé sa volonté de voter pour l’organisation d’un second référendum si la question était posée à Westminster. Il est à noter que le groupe SNP représente 35 sièges sur les 650 sièges du Parlement à Westminter.

                                      Caricature parue dans le Times, par David Simmonds

Mais les Britanniques ont voté pour « se libérer des carcans réglementaires et des normes de l’UE », et toute autre formule, telle que le maintien au sein du marché unique ou de l’union douanière, serait malvenue, juge son l’ex ministre des Affaires étrangères, Boris Johnson, dans une tribune publiée par le Sun.

Malgré ces manifestations europhiles, la position de Theresa May ne risque pourtant pas de changer. En effet, elle martèle à chaque fois quand la question d’un second référendum lui est posée que « Les gens ont voté ». L’idée d’un tel référendum, 2 ans après le premier a en effet gagné beaucoup de popularité ces derniers mois en Angleterre et de nombreuses figures politiques influentes ont notamment rejoint cette cause telle que l’ex Premier ministre, Tony Blair. Theresa May est déterminée à mettre en œuvre les résultats du référendum qui l’ont amené au pouvoir.

Enfin, on voit que malgré l’importante mobilisation europhile de la population londonienne, peu d’acteurs politiques d’envergure se sont réellement mobilisés pour la promotion de ce second référendum.

 

Deux ans après le référendum d’autodétermination au Royaume Uni pour connaître la volonté de ces habitants à propos de sa place au sein de l’Union Européenne, personne ne sait où le pays va et les fractures régionalistes atténuées par l’Union Européenne, ont repris de l’ampleur.  Le gouvernement conservateur qui avait anticipé cette victoire du « Out » comme une consolidation des politiques menées auparavant, a pourtant obtenu des résultats très médiocres aux élections anticipées de juin 2017, élections législatives qui ont vu une perte de 12 sièges par le parti conservateur et une augmentation de 33 sièges pour le parti travailliste. Le gouvernement de Theresa May est profondément affaibli, tiraillé entre les partis du Brexit et ceux du « Remain » au sein même du parti conservateur. David Cameron qui avait milité contre le Brexit reste un membre influent de ce Parti. Le gouvernement actuel doit aussi encaisser la pression politique exercée par un parti travailliste qui a le vent en poupe, consolidé par une victoire d’un nombre important de sièges au Parlement de Westminster.

On assiste depuis 2016 et le référendum d’autodétermination à un accroissement du nombre de crises politiques au Royaume Uni. La figure de Theresa May qui avait été portée au pouvoir dans un seul but, celui de réaliser les résultats du référendum n’est pas assez forte, selon ses adversaires, pour continuer à mener le débat entre l’Union Européenne et le Royaume Uni. Certains parlent de Theresa May comme de l’un des Premiers ministres les plus incompétents de l’histoire récente.

Néanmoins, Theresa May, très résiliente, est parvenue le dimanche 25 novembre à la signature d’un traité de Brexit avec les 27 pays de l’Union européenne. Mais son entrée en vigueur dépend encore de sa ratification par le Parlement britannique. Il s’agit sans doute de la partie la plus difficile pour Theresa May.

 

 

 

 

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