Les Hydrates de méthane : l’énergie fossile du Futur ?

Louis.G.K. Ferrand, Bogotá  

 

Les Inuits l’appellent « Ignik Sikumi », en français nous l’appelons, la glace qui brûle. Les scientifiques et spécialistes des hydrocarbures parlent d’hydrates de méthane. L’hydrate de méthane ou clathrate de méthane est un composé d’origine organique naturellement présent dans les fonds marins, dans les talus continentaux mais également dans le pergélisol des régions polaires. Le pergélisol est aussi appelé permafrost en anglais. C’est la partie de la toundra qui est composée principalement de glace qui ne fond jamais quand les températures ne dépassent pas les records que connait actuellement le globe.

Selon les estimations de l’agence de l’information sur l’énergie des Etats Unis, le gaz naturel devrait devenir la deuxième source d’énergie au monde devant le charbon à partir de 2030.

 

Les hydrates de méthane apparaissent ainsi dans ce contexte comme un contributeur important et en devenir de la production globale gazière. La combustion de cette énergie fossile ne produit pas plus de CO² que la combustion du gaz naturel et elle produit moins d’effet de serre que lors de la combustion du charbon et du pétrole. On pourrait donc logiquement qualifier ce combustible fossile de plus propre. Mais ce n’est pas aussi simple, du fait que ce combustible, étant donné sa composition, est très riche en méthane. Or, une fuite de méthane dans l’atmosphère a des conséquences sur l’environnement beaucoup plus graves. En effet, le méthane sous forme de gaz est 21 fois plus efficace comme effet de serre que le CO².                                                                    Photo d’hydrates de méthanes en combustion

 

On parle de réserves non conventionnelles d’hydrocarbures pour les hydrates de méthane car ce sont des réserves qui se forment dans des conditions très particulières, dans des régions très éloignées où leur exploitation est très onéreuse. Mais avec l’épuisement des réserves dites conventionnelles et le développement technologique des dix dernières années, leur exploitation et leur utilisation sont remises à l’ordre du jour. La principale force des hydrates de méthane malgré leur exploitation difficile, est qu’ils constituent une réserve énergétique énorme. On estime actuellement que les hydrates de méthane des fonds océaniques contiennent deux fois plus en équivalent carbone que la totalité des gisements de gaz naturel, de pétrole et de charbon connus sur la surface du globe.

Les principales recherches sur l’extraction des hydrates de méthane sont menées en Asie malgré des avancées particulièrement importantes sur le continent américain. Traditionnellement, c’était le Japon qui était le plus avancé, poussé par une volonté politique renforcée après Fukushima de trouver une source d’énergie sûre lui permettant l’autonomie énergétique. Les géologues estiment que les fonds océaniques aux alentours du Japon contiennent à eux seuls suffisamment d’hydrates de méthane pour fournir l’équivalent d’un siècle d’approvisionnement de l’archipel en gaz naturel. Aujourd’hui, le Japon a l’obligation d’importer la quasi-totalité de ses ressources énergétiques. Les hydrates de méthane sont pour les politiques et scientifiques japonais la manière de résoudre ce paradoxe pour leur pays et ainsi de leur permettre l’accès à une véritable souveraineté énergétique. En 2008, un groupe scientifique japonais a ainsi réussi la première extraction de l’histoire et en 2013, a eu lieu la première extraction off-shore.

La Russie qui possède également de très grandes réserves de ce combustible fossile, suit de très près les différentes innovations technologiques dans ce domaine. Mais un nouvel acteur a fait son arrivée dans ce secteur très particulier de l’énergie en 2017 avec des résultats qui sembleraient le positionner au sommet : la Chine. En effet, le 18 mai dernier, le ministère chinois du territoire et des ressources a annoncé avoir extrait une quantité beaucoup plus importante que lors des tests pratiqués par les autres pays. L’extraction a eu lieu à 1.266 mètres de profondeur dans la mer de Chine méridionale.

 

                                                                   Plateforme de pompage et d’essais dans les hydrates de méthane

 

La route est encore longue avant une exploitation commerciale. Néanmoins la Chine qui est le pays le plus développé dans ce secteur, estime le début des ventes pour 2030. Les défis sont encore nombreux pour arriver à une exploitation sans impact majeur sur l’environnement. Le risque principal lié à ce combustible fossile demeure le risque de fuite de méthane lors de son extraction et de son exploitation, ce qui serait catastrophique pour l’environnement et le réchauffement de la planète via l’effet de serre qu’il induirait. Les scientifiques estiment également que des exploitations importantes pourraient causer d’importants glissements de terrains sous-marins qui pourraient entrainer à leur tour des tsunamis majeurs. Malgré le faible rejet de CO² lors de sa combustion, cette ressource reste fossile et contribuerait quand même à renforcer l’effet de serre. Néanmoins, les hydrates de méthane pourraient remplacer le pétrole ou le charbon dans les pays en développement grands consommateurs d’énergie. On estime que les ressources d’hydrates de méthane vont de 3 à 30 millions de milliards de msoit 15 à 150 fois les réserves prouvées de gaz naturel sur la surface du globe.

Face à d’autres sources d’énergie comme la biomasse, le solaire ou la capture des décharges électriques envisagées par Nicol Tesla en son temps, l’exploitation des hydrates de carbone , si elle est une possibilité technique, n’est pas la seule, et encore moins la meilleure des énergies nouvelles a prioriser car du point de vue environnemental, elle reste une forme d’énergie fossile, donc mauvaise pour la biosphère.

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