Au Honduras, les militants écologistes risquent leur vie !

Camille Chavagneux, Bogotá  

 

Le Honduras, qui enregistre le deuxième taux d’homicide le plus élevé du monde, est aussi extrêmement dangereux pour ceux qui défendent l’environnement.  Le gouvernement s’est engagé dans un vaste programme de construction, partout sur son territoire, de barrages gigantesques sur des rivières et des fleuves sauvages. Ces barrages produisent principalement de l’électricité mais en même temps menacent la biodiversité et les terres ancestrales des peuples indigènes. Certains ont choisi de résister au péril de leur vie pour protéger leurs droits.

En effet ces rivières pourvoient aux besoins en eau des villages, pour tous les usages domestiques, pour boire, ou cuisiner. Souvent, les habitants n’auraient pas les moyens de s’en acheter.

A Pajuiles, un petit village au nord du pays, les villageois sont entrés en résistance contre un projet de barrage hydroélectrique qui devrait polluer la rivière. Les habitants se sont installés au bord de la route, à l’entrée du village, menant au site de construction et surveillent allées et venues 24 heures sur 24 avec pour objectif de bloquer les engins de travaux s’ils se présentent. Mais les travaux déjà entrepris par les ouvriers polluent la rivière en amont et le village en subit les conséquences.

Le principal problème est le fait que les habitants de ce village n’ont jamais été consultés pour ce projet de barrage et la police intervient régulièrement pour les déloger. La police et les milices du gouvernement ont donc attaqué ce village en leur lançant des explosifs et en leur tirant dessus. Pour le moment, grâce à la mobilisation, le projet de barrage est à l’arrêt, mais les villageois savent qu’ils prennent des risques. Qu’à cela ne tienne,  pour ces derniers, c’est un combat pour la dignité, qu’ils sont prêts à mener au-delà de leurs craintes.

 

Or, depuis 2010, plus de 120 militants écologistes ont été assassinés. La plus célèbre était Berta Caceres, militante écologiste la plus connue du pays. Elle défendait les peuples indigènes contre les intérêts des grosses multinationales. Berta s’opposait notamment à la construction d’un barrage qui menaçait le fleuve Gualcarque. On soupçonne qu’elle a été assassinée par des personnes à la solde de grandes entreprises du Honduras ou de certains politiciens. De fait, les grandes entreprises peuvent compter sur la protection, sous les ordres du président, des forces armées et de la police.

                                                                                      

Ainsi, les familles de victimes accusent les entreprises qui construisent les barrages et possèdent les mines, mais aussi le gouvernement dirigé par le président Juan Orlando Hérnandez.

Réélu en novembre 2017, Juan Orlando Hérnandez est accusé de fraude et de corruption par l’opposition (notamment, Salvador Nasralla qui est le leader de l’opposition au Honduras).

Évidemment, le gouvernement nie en bloc. Selon lui, les militants écologistes seraient simplement victimes de la violence ordinaire au Honduras. Un discours qui peut sembler crédible, car au Honduras, les armes sont partout. Sauf que dans l’armée et la police, des gens commencent à parler, comme en témoigne un ex-capitaine des forces armées, Santos Rodríguez, qui a quitté l’armée parce qu’il a eu des problèmes avec le frère du président.

Santos : « On m’a écarté de l’armée pour avoir dénoncé des actes de corruption et de trafic de drogue de la part du frère du président du Honduras. Malheureusement dans ce pays, il y a des groupes chargés de tuer les écologistes trop imposants. La corruption dans notre pays entraine tout ça. Ils ont leurs propres groupes armés pour défendre leurs propres intérêts. Le gouvernement à des responsabilités, dans ces assassinats, parce que tout le monde, le ministre de l’Intérieur, les forces armées, les services secrets, savent bien qui sont ceux qui commettent ces actes de corruption et ces crimes ».

Ces assassinats terrorisent la population du Honduras, et pendant ce temps-là, l’environnement se dégrade. Même le seul lac naturel du pays est complètement pollué. C’est pour cela qu’il est devenu le symbole du militantisme écologique. Le lac est pollué par les mines d’or et d’argent qui se trouvent aux alentours. Le problème engendré par la pollution est la fermeture de restaurants car ils ne peuvent plus vendre les poissons, remplis de cyanure, qui viennent du lac. Cette pollution engendre évidemment une très forte augmentation des personnes contaminées, souffrantes de cancer ou affectées par d’autres maladies graves, et la plupart en sont mortes.

Ainsi une grande partie de la population du Honduras est sans espoir parce qu’il n’y a personne pour les aider face à ce danger. Le gouvernement reste sourd à leur demande. Et s’ils se révoltent pour protéger leur environnement, ils risquent de se faire tuer.

 

Sources:

https://reporterre.net/Au-Honduras-les-assassinats-de-militants-ecologistes-se-multiplient

http://www.lemonde.fr/planete/article/2016/03/10/le-meurtre-d-une-ecologiste-au-honduras-suscite-l-indignation-internationale_4880808_3244.html

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