Les grandes lignes de la politique étrangère des Etats-Unis au Moyen-Orient : la diplomatie américaine vis à vis d’Israël et de la Syrie

Charles de Canecaude, Washington DC 

 

  Prix du meilleur article de l’année, décerné par The Sundial Press, le journal du campus de Sciences Po Reims

« Un article passionnant, d’autant par la connaissance factuelle des événements géo politiques des régions du Moyen Orient et des États Unis que part les nuances de l’analyse de l’auteur, et le contexte historique souligné. »

« Un article extrêmement bien recherché qui se démarque par sa finesse d’analyse : des informations complètes avec des affirmations balancées et de belles analogies. Une rédaction presque impeccable pour synthétiser un thème pas forcément évident. »

 

   Le président du conseil palestinien , Mahmoud Abbas et l’Ambassadeur de la Mission américaine à l’ONU , Nikki Haley.

 

La situation en Israël:

Le mercredi 6 décembre, Donald Trump déclare au monde entier : “Cette ville [Jérusalem] est la capitale d’Israël.” Depuis l’expression de cette idée polémique, la communauté internationale s’interroge. En effet, le 45ème président des États-Unis entend convertir ses paroles en actes puisqu’il a proposé et a affirmé son souhait de délocaliser l’Ambassade des États-Unis de Tel Aviv à Jérusalem. Aujourd’hui, toutes les ambassades présentes en Israël se trouvent à Tel Aviv, ce qui montre l’étendue du risque pris par D.Trump à travers ces paroles. En ce qui concerne le “timing” du Président, ce dernier a souligné le fait que contrairement à ses prédécesseurs qui avaient promis d’agir dans le sens d’Israël mais qui d’après lui n’étaient pas allés assez loin, il accomplissait cette promesse de campagne avec vigueur et ne reculerait pas devant cette “reconnaissance de la réalité”.  Or , pour la majorité de la communauté internationale, notamment à l’ONU , cette action est jugée téméraire, jusqu’au-boutiste et contraire au droit international. En effet dans ce genre de situation, la diplomatie et le compromis sont valorisés or ici le président des États-Unis rompt avec la ligne de conduite, prudente, de ses prédécesseurs, et espère apporter sa pierre au règlement de ce conflit des plus complexes. Le moins que l’on puisse dire, c’est que cette décision a été fraîchement accueillie, une résolution de l’ONU l’a d’ailleurs condamnée (votée par 128  pays).Au lieu du pragmatisme revendiqué par le président Trump, beaucoup de pays n’y ont vu qu’imprudence, ignorance et mépris d’une Histoire profonde et complexe. Finalement se pose la question de la légitimité d’une décision prise par un seul acteur de la scène internationale. En effet, les États-Unis sont la première puissance mondiale mais une situation stable au Moyen Orient est indispensable pour la communauté internationale et donc les décisions prises concernant cette région du monde ne peuvent pas se limiter au cavalier seul de l’Oncle Sam (cavalier seul, ou presque, la Roumanie a récemment déclaré qu’elle avait décidé également de déplacer son ambassade à Jérusalem).

                     Le président syrien Bachar Al-Assad avec le président russe Vladimir Poutine en 2015

 

La situation en Syrie:

Les événements en Syrie relèvent d’une grande délicatesse du fait des acteurs présents sur ce théâtre d’opérations. En effet, au-delà de la situation bilatérale entre les américains et les syriens se cache une complexité multilatérale avec d’un côté les puissances occidentales telles que la France et le Royaume-Uni et de l’autre le géant russe et son allié iranien. Pour pouvoir comprendre la situation, il faut expliquer le passé pour comprendre le présent. Le président actuel de la Syrie, Bachar al Assad est arrivé au pouvoir en 2000. En 2011 dans l’élan du Printemps Arabe, de nombreux syriens manifestent dans les rues pour demander la démission d’Assad or ce dernier refusa fermement tout en dénonçant un “complot occidental” visant à déstabiliser son régime.  En effet dès 2012, le président Obama avait demandé à Assad de bien vouloir “quitter sa fonction”.

Malheureusement, cette guerre civile entamée en 2011 va au-delà d’un simple combat entre le mal et le bien. En effet, dans la masse de rebelles se sont joints des organisations terroristes visant à surgir au moment de la chute d’Assad et d’installer un fief extrémiste en Syrie. Les noms les plus notoires de ces rebelles islamistes sont Al-Nusra, l’EI et Al-Qaeda et leur présence en Syrie évoque un réel danger si les insurgés venaient à triompher. C’est une des raisons pour laquelle la Russie de Poutine s’est alliée au président syrien, le dernier rempart contre l’islamisme au Moyen Orient selon lui. Ici le président russe adopte donc une position nuancée sous la forme de “les ennemis de mes ennemis sont mes amis” tandis que D.Trump semble vouloir imposer une fois de plus une politique totale sans compromis. Cette situation extrêmement complexe ou deux grandes superpuissances sont dans les camps opposés peut faire penser à un retour de la guerre froide et l’image d’une cocotte-minute prête à exploser. D’ailleurs, lors de l’attaque coordonnée américaine, française et britannique contre la Syrie la nuit du vendredi 13 avril, des intercepteurs de missiles russes ont agi et Moscou a promis que cette action militaire ne serait pas sans conséquences. Cette réponse ferme de Moscou entretient l’idée d’une entrave au droit international que le Président Trump aurait fait sienne puisqu’il n’a pas eu le feu vert de l’ONU. EN effet, ces attaques contre la Syrie avaient  officiellement pour but de condamner l’utilisation d’armes chimiques par Assad et de détruire les zones de stockages de ces armes. Or, les investigateurs internationaux devaient commencer leur enquête le jour d’après. Officiellement donc, il n’y a aucune justification de cette attaque au regard du droit international puisqu’on ne peut pas prouver qui a utilisé ces armes que ce soit les rebelles ou Bachar Al Assad ou même un partie tiers. La question se pose donc : comment les Etats-Unis peuvent-ils garder l’image de “gendarme du monde” s’ils ne respectent pas le droit international et comment peuvent-ils reprocher à certains régimes des violations de ce même droit si eux-mêmes ne le respectent pas? Encore une fois, cela démontre l’attitude draconienne du président américain qui n’a pas attendu une décision de la communauté internationale mais qui a foncé tête baissée dans une masse sensible qui est capable d’exploser à n’importe quel moment.

 

Conclusion:

Les États-Unis se réclament d’un pragmatisme politique mais qui pose question. Des décisions prises par le passé, au nom d’un tel pragmatisme, ont eu des conséquences discutables. Après le coup d’état communiste en Afghanistan en 1978, les Américains avaient voulu s’imposer et montrer leur autorité sur le monde en finançant les rebelles afghans qui agissaient sous le sigle de la contre insurrection : aujourd’hui ces rebelles sont les talibans. En 2003, le président Bush avait affirmé que Saddam Hussein, dirigeant de l’Irak, possédait des armes de destructions massives dont des armes chimiques. Les États-Unis ont envahi l’Irak, Hussein a été condamné à mort et exécuté. Or Washington et Londres ont fini par reconnaître qu’aucune de ces armes étaient sous le contrôle de Hussein. Aujourd’hui, avec du recul, nous remarquons que le retrait de Saddam Hussein du pouvoir a affaibli le rempart contre le terrorisme au Moyen Orient et la situation empire de jour en jour. En 2011, les forces alliées de l’Occident ont retiré Kadhafi du pouvoir en Libye et aujourd’hui, la Libye ne va pas bien. Bien sûr, certains peuvent affirmer et réaffirmer que ces régimes autoritaires entravent certaines libertés fondamentales de l’Homme. Or le principe même de la “bonne” politique est de choisir la meilleure solution pour le long terme même au prix du “meilleur du pire”. Aujourd’hui, nous pouvons clairement affirmer que le Moyen Orient est un foyer de conflits créé par la politique interventionniste négative de certains pays. La France par exemple, en 2003, avait vu la faille de l’idéologie américaine dans l’intervention en Irak et n’avait pas participé à cette guerre. Il est donc temps de se remettre en question et de se dire qu’une politique étrangère ne s’élabore pas en “Noir et blanc” mais avec du “gris sur gris” et que l’intervention ne doit pas se faire pour du symbolisme sans fond mais pour du symbolisme et une nécessité appuyés par une réflexion profonde.

 

Finalement, nous pouvons aborder une notion de realpolitik s’opposant à une plus grande idée de valeur et idéologie à défendre coûte que coûte. La realpolitik consiste à faire ce qui est le plus simple pour défendre ses propres intérêts et c’est ce que pratiquent les États-Unis en attaquant la Syrie car cela leur permet de maintenir une image de superpuissance interventionniste et de résistance aux Russes surtout que D.Trump, accusé de collusion avec V.Poutine lors de sa campagne présidentielle cherche à tout prix à se distancer de son homologue. Or cette realpolitik justement s’oppose à la défense des grandes libertés dont devraient se préoccuper les États-Unis avec la menace constante d’un terrorisme potentiellement croissant si Assad venait à être démis de ses fonctions.

 

Les grandes lignes de la politique étrangère des Etats-Unis au Moyen-Orient : la diplomatie américaine vis à vis d’Israël et de la Syrie 

The United States wish to show themselves as bearers of a political pragmatism which is however questionable. This is underlined by the fact that such decisions in the past coupled with this same pragmatism have had mixed consequences. After the communist putsch in Afghanistan in 1978, the americans wished to impose themselves through a show of authority by financing afghan rebels which formed insurgent contingency. Today, these rebels are the Taliban’s. In 2003, President Bush affirmed the fact that Saddam Hussein, leader of Iraq, possessed weapons of mass destruction and chemical weapons. The United States therefore invaded Iraq and Hussein was executed. However, Washington and London eventually recognised that these weapons of mass destruction never existed. Today, one may notice that Saddam Hussein disposal from power has paved the way for terrorism in the Middle East, and the situation worsens from day to day. In 2011, the allied forces of the West removed Gaddafi from power in Libya and today the country is in bad condition. Of course, many can affirm and reaffirm that these authoritarian regimes go against fundamental liberties however the quintessential form of politics is to choose the best course for the long term even if it means choosing the “best of the worst”. Today, we can undoubtedly affirm that the Middle East is a zone of conflict created by negative interventionist policies. France for example had seen the wrongness of the american intervention in Iraq in 2003 and did not participate in this war. It is therefore time to reflect on the question and tell ourselves that an exterior policy isn’t “black on white” but rather “grey on grey”, and that intervention must not be done for symbolism lacking depth but on the contrary for symbolism and a necessity constructed by a deep thinking.

 

Finally, we can touch upon the subject of realpolitik opposed to a grander idea of values and ideology to defend whatever the cost. Realpolitik consists in doing what is easier to defend one’s interests and the United States practice this by attacking Syria because this allows them to maintain an image of interventionist superpower and of resistance to the Russians considering that Trump, accused of collusion with Putin during his presidential campaign wishes to distance himself from his homologue. This realpolitik is opposed to the defense of greater ideals which the United States should take care of with the danger of a potential growth in terrorism if Assad was removed from power.

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