Des médicaments qui tuent ? Les États Unis frappés par la crise… des opioïdes

Carla Paris, Washington DC  

 

Les opioïdes sont de plus en plus consommés aux États-Unis. Ce phénomène alarmant a provoqué une crise d’une gravité sans précédent qui touche la grande puissance nord américaine depuis les années 2010.

 

Les opioïdes sont des substances aux effets comparables à ceux de la morphine. Issus de l’opium, ils peuvent être consommés sous forme de drogues, comme l’héroïne, ou en tant que médicaments. Classés “catégorie II” par la Department Enforcement Administration (DEA), le service de police fédéral américain chargé de la mise en application des lois sur les stupéfiants et de la lutte contre leur trafic, on leur reconnaît ainsi une forte capacité d’addiction, poussant le consommateur à augmenter les doses et leur fréquence afin de pallier le manque ressenti.

 

Aux États-Unis, les opioïdes ont causé la mort de plus de 42 000 personnes en 2016 soit environ 115 par jour d’après les données du gouvernement américain. Ils sont impliqués dans 66 % des décès liés aux surdoses de drogue et ce chiffre, 5 fois plus élevé qu’en 1999, ne cesse d’augmenter.

 

Une patiente américaine prenant un antidouleur

puissant contenant un opioïde,

The New York Times, 2017

 

 

 

 

Mais comment cette crise, qui touche aujourd’hui plus de deux millions de personnes dépendantes, a-t-elle pu voir le jour ? Comment la première puissance mondiale a t-elle pu se retrouver dans une situation si vulnérable ?

Il faut tout d’abord savoir que ces drogues peuvent être utilisées pour traiter les douleurs et sont souvent prescrites par les médecins suite à une blessure, à un accident ou encore à de graves problèmes de santé comme un cancer.

Au cours des vingt dernières années, le nombre de prescriptions médicales revendiquant l’utilisation des opioïdes a connu une hausse fulgurante. Mais pourquoi ?

Ce sont les industries pharmaceutiques et les médecins qui sont accusés d’alimenter cette crise. Réglementations, lois ou encore décisions gouvernementales, le secteur de la santé est un véritable lobby aux États Unis et exerce une grande influence sur les pouvoirs publics. Les compagnies pharmaceutiques par exemple ont investi 487 millions de dollars en trois ans dans divers financements fédéraux américains.

 

Du fait de sa puissance, le secteur de la médecine dispose donc d’une large marge de manœuvre, marge de manœuvre qui, petit à petit, de prescriptions en prescriptions, a étendu l’ombre des opioïdes sur le sol américain.

En effet, une étude publiée en 2017 par le quotidien The New York Times montre que nombre des acteurs de l’industrie pharmaceutique limitent l’accès aux antidouleurs vis-à-vis desquels le risque d’addiction est plus faible. Paradoxalement, ils prescrivent plus facilement des médicaments plus dangereux, causant alors l’incompréhension des patients.

La raison, selon les experts, est purement économique. En effet, les médicaments à base d’opioïdes sont moins coûteux comparés à d’autres remèdes, qui eux présentent  moins de risques d’addiction (ou aucun risque).

Les assurances santé des patients telles que UnitedHealthcare ou Anthem mettent alors fin à toute couverture des médicaments plus coûteux et les patients se tournent alors vers les opioïdes ou se voient prescrire des soins qui mettent en danger leur santé. Il est d’ailleurs prouvé qu’il est plus facile pour la plupart des patients américains de recevoir des opioïdes que des traitement combattant l’addiction à ces derniers !

L’influence du lobby est telle qu’en avril 2016, au pic de l’épidémie, une loi votée par le Congrès et protégeant les intérêts du secteur pharmaceutique a permis d’entraver l’action de la DEA. Cette dernière luttait en effet contre les distributeurs et les grossistes en médicaments qui alimentent depuis le début de la crise le marché noir en pilules.

 

Les conséquences de cette épidémie sont loin d’être négligeables : un grand nombre de personnes dépendante, certaines communautés décimées, nouveaux-nés présentant dès la naissance des signes d’addiction, baisse de participation au marché de l’emploi… en définitive des répercussions économiques doublées d’un fort coût social et humain.

Cette crise a pris une telle ampleur que l’actuel président américain, Donald Trump, a expressément exprimé sa volonté de combattre ce fléau. Lors de son discours devant le Congrès sur l’État de l’Union en janvier 2018, entre témoignages à fendre l’âme et harangues enflammées, il a affirmé que “son administration s’engageait à se battre contre l’épidémie des opioïdes et à aider ceux en besoin de traitement […] La lutte sera longue et difficile mais nous y arriverons.” Reste à savoir si cet optimisme sera une arme assez puissante…

 

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