LE QUÉBEC, ENTRE TERRORISME ET ISLAMOPHOBIE

Emma Massucci-Templier, Axelle Ouédraogo, Montréal   

 

Le Canada, le Québec n’oubliera jamais la nuit du 29 janvier 2017. En effet, l’attentat de Québec a suscité de nombreuses réactions. La médiatisation colossale de cette attaque ne doit pas faire oublier les autres attentats qu’a connu la région par le passé. La nuit du 29 janvier vient alors renforcer l’idée que le Québec n’a pas été et n’est pas à l’abri de tous dangers.

Historique des attentats

Attentats Faits
La crise d’Octobre (1970) Le Front de libération du Québec (FLQ) enlève l’attaché commercial de la Grande-Bretagne, James Richard Cross, et le ministre québécois Pierre Laporte. Ce dernier est retrouvé mort dans le coffre d’une voiture.
La fusillade à l’Assemblée nationale (1984) Un caporal, Denis Lortie, lourdement armé, fait irruption à l’Assemblée nationale, tirant plusieurs rafales de mitraillette qui feront 3 morts et 13 blessés.
L’explosion du vol 182 d’Air India (1985) Une bombe placée dans la soute à bagages fait exploser le vol 182 d’Air India, qui devait assurer la liaison Montréal-Londres-New Delhi.
La tuerie à Polytechnique (1989) Marc Lépine entre dans des salles de classe de l’École polytechnique de Montréal, tue et blesse 14 femmes.
L’attentat au Métropolis (2012) Richard Henri Bain tire sur deux techniciens du Métropolis de Montréal. Un d’entre eux, meurt et l’autre est grièvement blessé.
L’attentat à Saint-Jean-sur-Richelieu (2014) Martin Couture-Rouleau tue un militaire et en blesse un autre en fonçant sur eux avec sa voiture, à Saint-Jean-sur-Richelieu.
L’attentat à Québec (2017) Alexandre Bissonnette ouvre le feu sur des fidèles réunis pour prier au rez-de-chaussée dans une mosquée.

Bilan: 6 morts, 5 blesses graves, 17 orphelins

Origine des victimes: Algérie, Tunisie,  Maroc, Guinée

L’attentat de janvier à Québec, un acte révélateur d’une islamophobie grandissante

Le Canada, à la réputation de terre d’accueil pour l’étranger, où règne la tolérance, l’inclusion et l’égalité, n’est en réalité pas irréprochable. Le racisme et la méfiance envers l’Islam et les musulmans existent bel et bien au Canada, comme partout en Occident, et cet acte terroriste n’est que le reflet de cette réalité.

« La discrimination, cela va dans tous les sens. L’inclusion va dans tous les sens. On favorise la mixité de l’habitation autant pour les communautés culturelles que pour les religions. C’est fondamental pour nous. » S’exprimait Philippe Couillard lors de la Conférence des Nations unies ayant eu lieu en 2016. Pourtant aujourd’hui, les musulmans représentent une minorité des plus stigmatisée au Québec. En effet, en 2009, une étude rendue publique par M. Arcand a montré que les Maghrébins établis au Québec depuis cinq ans ou moins ont un taux de chômage dépassant 33%, quatre fois plus que le reste de la population.

Peut-on parler d’une montée de l’islamophobie ? Selon une étude réalisée par la maison CROP, dont la mission est de comprendre les citoyens et les consommateurs québécois avec de groupes de discussions et des sondages d’opinion, et publié par Radio Canada, 56% des québécois pensent que les musulmans sont mal intégrés à la société canadienne. De plus, 57% des québécois surestiment le nombre de musulmans au sein de la population canadienne, qui n’est que de 3,2% en réalité. Par rapport au port du voile : 62% de la population vivant au Québec estiment qu’il s’agit d’un signe de soumission et une majeure partie pense qu’il devrait être interdit pour les éducateurs, les personnes d’autorité ou encore les employés du service public. Avant l’attentat de Québec, 57% des canadiens étaient inquiets quant à la sécurité du pays en présence des musulmans. De plus, 68% étaient défavorables à la présence de mosquées dans son quartier. Après l’attentat, 50% de la population du Québec ne pensent pas être dérangées si ces évènements causaient une baisse de l’immigration musulmane. Enfin, 32% sont d’accord avec l’idée qu’il faudrait interdire l’immigration musulmane au Canada, ce qui représente plus d’un tiers de la population.

« On a peur [que l’immigrant] impose sa différence. Et qu’en imposant sa différence, il change notre société », paroles énoncées par Alain Ciguère, de CROP. En effet, la société québécoise a été forgée par le mouvement de laïcisation qui a eu lieu lors de la « Révolution tranquille », dans les années 1960. Cette identité québécoise est de plus en plus importante au sein des partis nationalistes, qui n’hésitent pas à critiquer le multiculturalisme canadien, qui, selon eux, est la cause de la diffusion de la religion musulmane.

Le Canada et sa lutte antiterroriste.

Immédiatement dans les heures qui ont suivi la nuit du 29 janvier, le gouvernement a pris des mesures pour renforcer la sécurité dans l’ensemble des mosquées de la province québécoise. Aussi, le 23 mars, la motion M-103 énoncée par la députée Iqra Khalid a été adoptée à Ottawa. Cette motion condamne formellement l’islamophobie.

Dès le début des années 2000, bien avant les évènements de Québec,  le gouvernement canadien était conscient que le Canada n’était pas immunisé contre toutes menaces d’origine terroriste. En effet, on peut lire sur le site du gouvernement national « le Canada n’est pas à l’abri du terrorisme. De nombreux groupes extrémistes internationaux et nationaux sont présents au Canada ». Le pays s’est alors engagé dans la prise de mesures antiterroristes. Ainsi, dès les attentats du 11 septembre, le Canada a promptement réagi dans le but de renforcer la sécurité. Plus de 7 milliards de dollars ont été investis pour sécuriser le territoire. Le pays montre sa volonté de lutte antiterroriste en étant à la tête du Groupe d’Action contre le Terrorisme (GACT). Le GACT est une institution qui a été créée en 2003 dans l’esprit d’appuyer le Comité contre le terrorisme (CCT) du Conseil de sécurité de l’ONU. Cet organisme met en place un « plan d’action pour établir une volonté et une capacité politique en vue de lutter contre le terrorisme « .

Par ailleurs, même si le Canada a montré sa vulnérabilité face à certains attentats, il y a eu des cas où sa capacité à réagir en matière de lutte antiterroriste a été démontrée. Il y a deux ans, la police arrêtait deux étudiants pour avoir fabriqué et possédé une bombe artisanale dans le but de « commettre un attentat ». Récemment, lors de l’alerte à la bombe à l’université de Concordia, les services de sécurité se sont déployés efficacement dans le secteur à la recherche d’une bombe, qui n’a jamais existé. L’opération s’est terminée par l’arrestation du suspect Hisham Saadi qui a dû répondre à trois chefs d’accusations dont l’une étant « l’incitation à craindre un attentat terroriste ».

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